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 Comment le peuple Juif fut inventé. (Shlomo Sand)

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ziril
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MessageSujet: Comment le peuple Juif fut inventé. (Shlomo Sand)   2/3/2009, 01:10

Un best-seller controversé ébranle les fondations de l’État israélien




Et si tout le récit de la diaspora juive était historiquement faux ?



Et si les Arabes palestiniens qui vivent depuis des décennies sous la botte de l’État israélien moderne descendaient en fait de ces mêmes « enfants d’Israël » décrits dans l’Ancien Testament ?

Et si la plupart des Israéliens actuels ne descendaient pas du tout des anciens Israélites, mais étaient en réalité un mélange d’Européens, de Nord-Africains et d’autres peuples ? Et s’ils n’étaient pas « revenus » sur le bout de terre que nous appelons maintenant Israël pour y établir un nouvel État consécutivement à la tentative d’extermination dont ils avaient fait l’objet pendant la Seconde Guerre mondiale, mais étaient arrivés dans ce pays pour y déporter de force des gens dont les ancêtres vivaient là depuis des millénaires ?

Et si le récit de la diaspora juive – l’histoire que les juifs du monde entier racontent tous les ans lors de la Pâque juive, et qui détaille l’exil des juifs antiques hors de Judée, les années passées à errer dans le désert, leur évasion hors des griffes de Pharaon – était entièrement faux ?

C’est la thèse explosive de l’ouvrage Comment le peuple juif fut inventé, de la plume de l’universitaire de Tel Aviv Shlomo Sand (ou Zand). Un ouvrage qui a provoqué des remous dans toute la société israélienne lors de sa publication l’an dernier. Après avoir passé 19 semaines sur la liste des best-sellers en Israël, ce livre est maintenant traduit dans une douzaine de langues et sera publié cette année aux États-Unis chez Verso.





Sa thèse a des répercussions qui vont bien au-delà de quelque débat académique antédiluvien. Peu de conflits modernes sont autant attachés à l’histoire antique que ce cycle de bains de sang entre Israéliens et Palestiniens, qui dure depuis des décennies. Chaque groupe revendique le même lopin de terre – que les trois grandes religions abrahamiques tiennent pour sacré – en se fondant sur les liens antiques qui les unissent à ce territoire et sur les identités nationales formées sur de longues périodes. Il n’y a probablement pas d’autre endroit sur Terre où le présent est aussi intimement lié au passé antique.

Au coeur de l’idéologie sioniste, on trouve le récit – connu de toutes les familles juives – de l’exil, de l’oppression, de la rédemption et du retour. Bouté hors de son royaume par les Romains il y a environ 2000 ans, le « peuple juif » - les fils et filles de la Judée antique – a erré sur la Terre, sans racines, et, en tous lieux, dut subir une cruelle répression – de l’esclavage en Égypte aux massacres espagnols du XIVe siècle et aux pogroms russes du XIXe siècle, en passant par les horreurs du Troisième Reich.

Cette vision de l’Histoire anime tout autant les sionistes que la minorité influente mais réactionnaire – aux États-Unis comme en Israël – qui croit que Dieu a légué un « Grand Israël » – une terre qui englobe l’État actuel ainsi que les Territoires Occupés – au peuple juif, et qui résiste à toute tentative pour créer un État palestinien sur la terres biblique.

Inventer un peuple ?

L’argument central de Sand est que les Romains n’ont pas expulé des nations entières hors de leurs territoires. Sand estime que peut-être 10 000 Judéens antiques furent vaincus au cours des guerres romaines, et que les habitants restants de l’antique Judée y démeurèrent, se convertirent à l’islam et se mélangèrent à leurs conquérants quand les Arabes conquirent la région. Ils devinrent les ancêtres des Arabes palestiniens d’aujourd’hui, dont beaucoup sont maintenant des réfugiés, exilés de leur patrie au cours du XXe siècle.

Tom Segev, un journaliste israélien, a résumé cette thèse dans une critique du livre publiée dans Ha’aretz :

« Il n’y a jamais eu de peuple juif, uniquement une religion juive, et l’exil n’a jamais existé – et donc, il n’y a pas eu de retour. Sand rejette la plupart des récits bibliques sur la formation de l’identité nationale, y compris l’Exode hors d’Égypte et –ce qui est tant mieux – les horreurs de la conquête sous Josué. »

Mais cela soulève la question suivante : si l’antique peuple de Judée n’a pas été expulsé en masse, alors comment se fait-il que le peuple juif soit dispersé de par le monde ? Selon Sand, qui relate en détail l’histoire de plusieurs groupes appartenant à ce que l’on nomme de façon conventionelle la diaspora juive, certains étaient des juifs qui émigrèrent de leur plein gré, et, par la suite, la majorité étaient des convertis au judaïsme. A contrario de la croyance populaire, Sand soutient que le judaïsme était une religion évangélique qui, à ses débuts, recherchait activement de nouveaux adeptes.

Ce récit a une signification très importante en regard de l’identité nationale israélienne. Si le judaïsme est une religion plutôt qu’ « un peuple » qui descend d’une nation dispersée, alors cela remet en question la justification centrale au fait que l’État d’Israël reste un « État juif ».

Et cela nous amène à la deuxième affirmation de Sand. Il soutient que l’histoire de la nation juive – la transformation du peuple juif en tant que groupe partageant une identité culturelle et une foi religieuse en un « peuple » vaincu – est une invention relativement récente, initiée au XIXe siècle par des érudits sionistes et développée par les universitaires israéliens. Selon Sand, il s’agit d’ une sorte de conspiration intellectuelle. Segev déclare : « Tout cela n’est que pure fiction et mythe qui servirent de prétexte à l’établissement de l’État d’Israël. »

Sand se fait taper sur les doigts ; ses arguments sont-ils valables ?

Les répercussions de l’argumentation de Sand vont très loin ; « les chances que les Palestiniens soient les descendants de l’antique peuple judaïque sont bien plus grandes que celles que vous ou moi soyons ses descendants, » a-t-il déclaré à Ha’aretz. Sand soutient qu’Israël devrait être un État au sein duquel tous les habitants de ce qui était autrefois la « Palestine britannique » partagent tous les droits et responsabilités de la citoyenneté, plutôt que d’être maintenu comme État « juif et démocratique », tel qu’on le définit actuellement.

Comme on pouvait s’y attendre, Sand a été mis au pilori suivant la formule éprouvée. Ami Isseroff, rédacteur de ZioNation, le blog sur Israël/le sionisme, a invoqué l’imagerie habituelle de l’Holocauste, accusant Sand d’offrir une « solution finale au problème juif », une solution qui « ne nécessite aucun autodafé, aucun assaillant cosaque , aucune chambre à gaz, aucun crématorium fétide ». Un autre fervent idéologue a qualifié l’ouvrage de Sand de « manifestation supplémentaire du trouble mental qui affecte l’extrême gauche universitaire israélienne. »

Ce genre de rhétorique surchauffée fait partie des paralogismes standards utilisés lors des débats sans fin sur Israël et les Palestiniens – et elle est facilement écartée. Mais l’ouvrage de Sand a également fait l’objet de critiques plus sérieuses. Dans un article critique renommé, Israel Bartal, doyen des Humanités à l’université hébraïque, a sévèrement éreinté la seconde affirmation de Sand, selon laquelle les universitaires sionistes auraient supprimé la véritable histoire de l’expansion du judaïsme par émigration et conversion, privilégiant une version qui légitimerait la quête d’un État juif.

Bartal soulève des questions importantes sur la méthodologie de Sand et souligne l’apparente légèreté de certains détails du livre. Mais, de façon intéressante, en défendant la communauté universitaire israélienne, Bartal soutient la thèse centrale de Sand, lorsqu’il écrit : « Bien que le mythe d’un exil hors de la patrie juive (la Palestine) existe effectivement dans la culture populaire israélienne, il est quasi-inexistant dans les discussions sérieuses sur l’histoire juive. » Bartal ajoute : « aucun historien du mouvement national juif n’a jamais vraiment cru que les origines des juifs soient ethniquement et biologiquement “pures”. » Il fait remarquer que « des groupes importants au sein du mouvement [sioniste] ont exprimé des réserves concernant ce mythe, ou l’ont complètement réfuté. »

« En ce qui me concerne, ce livre ne contient pas une seule idée qui n’ait déjà été présentée » dans les études historiques antérieures. Segev ajoute que « Sand n’a pas inventé [sa] thèse ; 30 ans avant la Déclaration d’Indépendance, elle avait été adoptée par David Ben Gourion, Yitzhak Ben-Zvi et d’autres. »

On peut raisonnablement prétendre que ce mythe antique d’une nation juive exilée jusqu’à son retour au XIXe siècle est de peu de conséquence ; que le peuple juif partage une ascendance génétique commune ou soit constitué d’une mosaïque de peuples éloignés partageant la même foi, une identité nationale commune s’est bien développée au fil des siècles. Mais l’argument central de Sand reste valable, et a d’importantes implications pour le conflit actuel entre Israël et les Palestiniens.

Changer la conversation ?

La raison principale pour laquelle il est si difficile de discuter du conflit israélo-palestinien est que ceux qui défendent le contrôle israélien des Territoires Occupés (y compris Gaza, toujours occupé de facto) ont accompli un travail remarquablement efficace en assimilant tout soutien à l’autodétermination des Palestiniens à un désir de voir Israël détruit. Cette tactique amalgame efficacement toute défense des droits des Palestiniens au spectre de l’extermination des juifs.

Elle a été employée pour les arguments en faveur d’un État unique comme solution au conflit israélo-palestinien. Jusqu’à récemment, défendre la solution d’un « État unique » – un État binational où tous les résidents de ce qu’on appelle aujourd’hui Israël et les Territoires Occupés partageraient tous les droits et responsabilités de la citoyenneté – était une position relativement dominante. En fait, c’était l’un des plans parmi plusieurs envisagés par les Nations Unies quand elles créèrent l’État d’Israël dans les années 1940.

Mais, plus récemment, l’idée d’un seul État binational s’est vue marginalisée – écartée comme une tentative pour détruire Israël littéralement et physiquement, plutôt que comme une entité politique fondée sur l’ethnie et la religion ; une entité héritant d’une population de citoyens arabes de deuxième classe et responsable de la déportation d’une population de réfugiés – les plus anciens réfugiés du monde.

Une conclusion logique à cet ouvrage qui révèle la mythologie à la base de la fondation d’Israël serait peut être de redonner à l’idée d’une solution à État unique sa place légitime au coeur du débat sur cette région problématique. Après tout, même si, en un sens, l’ouvrage de Sand brouille les pistes – en soulevant les questions bibliques antiques relatives à l’origine réelle des « enfants d’Israël » – d’un autre côté, il souligne les points communs entre juifs israéliens et Arabes palestiniens. Ces groupes revendiquent tous deux la même terre, ont tous deux subi une répression et une déportation historiques, et chérissent tous deux l’idée d’un « droit au retour ».

Et si les deux groupes partagent en fait des liens bibliques communs, cela soulève alors cette question : pourquoi l’intégralité de ce qui était la Palestine sous mandat britannique devrait-elle demeurer un refuge pour les gens d’une religion, au lieu d’être un pays dans lequel juifs et Arabes bénéficient d’une égale protection – égale protection sous les lois d’un État dont la légitimité ne serait plus jamais remise en question.

source: http://www.futurquantique.org/axe-du-mal/633-un-best-seller-controverse-ebranle-les-fondations-de-letat-israelien

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Druide

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MessageSujet: Re: Comment le peuple Juif fut inventé. (Shlomo Sand)   14/3/2009, 08:32

Cet auteur Shlomo sand s'est fait accuser par des organisations "juives anti-sionistes" (Neturei Karta) d'être un "agent du Mossad", un "agent provocateur" dont le but était de "confondre judaësme et sionisme".

Je crois que c'est plutôt un autre cas d'inversion accusatoire de la part de ces hypocrites organisés!

Je crois que ce sont plutôt ces groupes "juifs anti-sionistes" qui désinforment et tentent d'occulter le fait que le sionisme est bel et bien une extension politique du judaïsme!
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MessageSujet: Re: Comment le peuple Juif fut inventé. (Shlomo Sand)   1/4/2009, 12:57

Druide a écrit:
Je crois que ce sont plutôt ces groupes "juifs anti-sionistes" qui désinforment et tentent d'occulter le fait que le sionisme est bel et bien une extension politique du judaïsme!

On s'en bat de ce bouquin!

Le sionisme est un courrant politique. Pas une extension!

-l'antisémitisme;
-l'islamophobie;
-toute forme de xénophobie;
-toute forme de racisme... Est répugnant.

Méfiez vous de ceux qui utiliseront la haine contre un Peuple en particulier afin de faire l'amalgame avec je ne sais trop société secrète... Ils ne le feront pas pour votre bien.

En attisant la colère des jeunes des banlieues, ils créeront un conflit religieux dont TOUS les protagonistes sortiront perdants!

Les personnes qui en appellent au Nouvel Ordre Mondial sont une ultraminorité qui ne représentant PAS LES JUIFS!

CEUX-CI VONT ÊTRE LES PREMIERES VICTIMES DE CE PROGRAMME MONSTRUEUX!!

Soyez plus malins et NE TOMBEZ PAS DANS LE PIEGE DE L'ANTISÉMITISME!

Et n'oubliez pas que la haine empèche de réfléchir.
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enildem

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MessageSujet: Shlomo Sand - Comment le peuple juif fut inventé   23/5/2009, 12:17

Ne pas se fier aux propos de Ferry ni de son collègue qui vise à minimiser la portée de l'ouvrage.
Leur compte rendu vise à occulter l'essentiel de la thèse de Sand. Et surtout comme le dit Ferry lui même à ne pas diffuser la vérité, car ce n'est pas le moment!
Ah ces adeptes du sionisme ont peurs de se faire taper sur les doigts on dirait qu'ils parlent avec un flingue sur la tempe...





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MessageSujet: Shlomo Sand : l’exil du peuple juif est un mythe   14/10/2010, 11:46

http://www.geostrategie.com/781/shlomo-sand-l%E2%80%99exil-du-peuple-juif-est-un-mythe


L’historien Shlomo Sand affirme que l’existence des diasporas de Méditerranée et d’Europe centrale est le résultat de conversions anciennes au judaïsme. Pour lui, l’exil du peuple juif est un mythe, né d’une reconstruction à postériori sans fondement historique. Entretien.

Parmi la profusion de héros nationaux que le peuple d’Israël a produits au fil des générations, le sort n’aura pas été favorable à Dahia Al-Kahina qui dirigea les Berbères de l’Aurès, en Afrique du Nord. Bien qu’elle fût une fière juive, peu d’Israéliens ont entendu le nom de cette reine guerrière qui, au septième siècle de l’ère chrétienne, a unifié plusieurs tribus berbères et a même repoussé l’armée musulmane qui envahissait le nord de l’Afrique. La raison en est peut-être que Dahia Al-Kahina était née d’une tribu berbère convertie semble-t-il plusieurs générations avant sa naissance, vers le 6e siècle.

D’après l’historien Shlomo Sand, auteur du livre « Quand et comment le peuple juif a-t-il été inventé ? » (aux éditions Resling – en hébreu), la tribu de la reine ainsi que d’autres tribus d’Afrique du Nord converties au judaïsme sont l’origine principale à partir de laquelle s’est développé le judaïsme séfarade. Cette affirmation, concernant les origines des Juifs d’Afrique du Nord à partir de tribus locales qui se seraient converties – et non à partir d’exilés de Jérusalem – n’est qu’une composante dans l’ample argumentation développée dans le nouvel ouvrage de Sand, professeur au département d’Histoire de l’Université de Tel Aviv.

Dans ce livre, Sand essaie de démontrer que les Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël et en d’autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l’époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l’Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines. Non seulement les Juifs d’Afrique du Nord descendraient pour la plupart de païens convertis, mais aussi les Juifs yéménites (vestiges du royaume Himyarite, dans la péninsule arabique, qui s’était converti au judaïsme au quatrième siècle) et les Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est (des réfugiés du royaume khazar converti au huitième siècle).

A la différence d’autres « nouveaux historiens » qui ont cherché à ébranler les conventions de l’historiographie sioniste, Shlomo Sand ne se contente pas de revenir sur 1948 ou sur les débuts du sionisme, mais remonte des milliers d’années en arrière. Il tente de prouver que le peuple juif n’a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune mais qu’il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l’Histoire, ont adopté la religion juive. D’après Sand, chez certains penseurs sionistes, cette conception mythique des Juifs comme peuple ancien conduit à une pensée réellement raciste : « Il y a eu, en Europe, des périodes où, si quelqu’un avait déclaré que tous les Juifs appartenaient à un peuple d’origine non juive, il aurait été jugé antisémite séance tenante. Aujourd’hui, si quelqu’un ose suggérer que ceux qui sont considérés comme juifs, dans le monde (…) n’ont jamais constitué et ne sont toujours pas un peuple ni une nation, il est immédiatement dénoncé comme haïssant Israël » (p. 31).

D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque – par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes – afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).

Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l’approche de Sand ? « Dans l’Allemagne du 19e siècle, à un certain moment, des intellectuels d’origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste’ du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple « rétrospectivement », avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l’historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l’histoire du judaïsme comme l’histoire d’un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. »

Entretien

Shlomo Sand, historien du 20e siècle, avait jusqu’à présent étudié l’histoire intellectuelle de la France moderne (dans son livre « L’intellectuel, la vérité et le pouvoir », Am Oved éd., 2000 – en hébreu), et les rapports entre le cinéma et l’histoire politique (« Le cinéma comme Histoire », Am Oved, 2002 – en hébreu). D’une manière inhabituelle pour des historiens de profession, il se penche, dans son nouveau livre, sur des périodes qu’il n’avait jamais étudiées – généralement en s’appuyant sur des chercheurs antérieurs qui ont avancé des positions non orthodoxes sur les origines des Juifs.

En fait, l’essentiel de votre livre ne s’occupe pas de l’invention du peuple juif par le nationalisme juif moderne mais de la question de savoir d’où viennent les Juifs.

« Mon projet initial était de prendre une catégorie spécifique de matériaux historiographiques modernes, d’examiner comment on avait fabriqué la fiction du peuple juif. Mais dès que j’ai commencé à confronter les sources historiographiques, je suis tombé sur des contradictions. Et c’est alors ce qui m’a poussé – je me suis mis au travail, sans savoir à quoi j’aboutirais. J’ai pris des documents originaux pour essayer d’examiner l’attitude d’auteurs anciens – ce qu’ils avaient écrit à propos de la conversion. »

Des spécialistes de l’histoire du peuple juif affirment que vous vous occupez de questions dont vous n’avez aucune compréhension et que vous vous fondez sur des auteurs que vous ne pouvez pas lire dans le texte.

« Il est vrai que je suis un historien de la France et de l’Europe, et pas de l’Antiquité. Je savais que dès lors que je m’occuperais de périodes anciennes comme celles-là, je m’exposerais à des critiques assassines venant d’historiens spécialisés dans ces champs d’étude. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas en rester à un matériel historiographique moderne sans examiner les faits qu’il décrit. Si je ne l’avais pas fait moi-même, il aurait fallu attendre une génération entière. Si j’avais continué à travailler sur la France, j’aurais peut-être obtenu des chaires à l’université et une gloire provinciale. Mais j’ai décidé de renoncer à la gloire. »

« Après que le peuple ait été exilé de force de sa terre, il lui est resté fidèle dans tous les pays de sa dispersion et n’a pas cessé de prier et d’espérer son retour sur sa terre pour y restaurer sa liberté politique » : voilà ce que déclare, en ouverture, la Déclaration d’Indépendance. C’est aussi la citation qui sert de préambule au troisième chapitre du livre de Shlomo Sand, intitulé « L’invention de l’Exil ». Aux dires de Sand, l’exil du peuple de sa terre n’a en fait jamais eu lieu.

« Le paradigme suprême de l’envoi en exil était nécessaire pour que se construise une mémoire à long terme, dans laquelle un peuple-race imaginaire et exilé est posé en continuité directe du « Peuple du Livre » qui l’a précédé », dit Sand ; sous l’influence d’autres historiens qui se sont penchés, ces dernières années, sur la question de l’Exil, il déclare que l’exil du peuple juif est, à l’origine, un mythe chrétien, qui décrivait l’exil comme une punition divine frappant les Juifs pour le péché d’avoir repoussé le message chrétien. « Je me suis mis à chercher des livres étudiant l’envoi en exil – événement fondateur dans l’Histoire juive, presque comme le génocide ; mais à mon grand étonnement, j’ai découvert qu’il n’y avait pas de littérature à ce sujet. La raison en est que personne n’a exilé un peuple de cette terre. Les Romains n’ont pas déporté de peuples et ils n’auraient pas pu le faire même s’ils l’avaient voulu. Ils n’avaient ni trains ni camions pour déporter des populations entières. Pareille logistique n’a pas existé avant le 20e siècle. C’est de là, en fait, qu’est parti tout le livre : de la compréhension que la société judéenne n’a été ni dispersée ni exilée. »

Si le peuple n’a pas été exilé, vous affirmez en fait que les véritables descendants des habitants du royaume de Judée sont les Palestiniens.

« Aucune population n’est restée pure tout au long d’une période de milliers d’années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l’ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à l’insurrection arabe, savaient qu’il n’y avait pas eu d’exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s’en vont pas tant qu’on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l’Etat d’Israël, a écrit en 1929, que « la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays ». »

Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?

« Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l’influence de l’hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu’à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au 4e siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs. On peut supposer que beaucoup de Juifs apparus autour de la mer Méditerranée sont devenus chrétiens. Mais alors, le judaïsme commence à diffuser vers d’autres régions païennes – par exemple, vers le Yémen et le Nord de l’Afrique. Si le judaïsme n’avait pas filé de l’avant à ce moment-là, et continué à convertir dans le monde païen, nous serions restés une religion totalement marginale, si même nous avions survécu. »

Comment en êtes-vous arrivé à la conclusion que les Juifs d’Afrique du Nord descendent de Berbères convertis ?

« Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes avaient pu apparaître en Espagne. J’ai alors vu que Tariq Ibn-Ziyad, commandant suprême des musulmans qui envahirent l’Espagne, était berbère et que la majorité de ses soldats étaient des Berbères. Le royaume berbère juif de Dahia Al-Kahina n’avait été vaincu que 15 ans plus tôt. Et il y a, en réalité, plusieurs sources chrétiennes qui déclarent que beaucoup parmi les envahisseurs d’Espagne étaient des convertis au judaïsme. La source profonde de la grande communauté juive d’Espagne, c’étaient ces soldats berbères convertis au judaïsme. »

Aux dires de Sand, l’apport démographique le plus décisif à la population juive dans le monde s’est produit à la suite de la conversion du royaume khazar – vaste empire établi au Moyen-âge dans les steppes bordant la Volga et qui, au plus fort de son pouvoir, dominait depuis la Géorgie actuelle jusqu’à Kiev. Au 8e siècle, les rois khazars ont adopté la religion juive et ont fait de l’hébreu la langue écrite dans le royaume. A partir du 10e siècle, le royaume s’est affaibli et au 13e siècle, il a été totalement vaincu par des envahisseurs mongols et le sort de ses habitants juifs se perd alors dans les brumes.

Shlomo Sand revisite l’hypothèse, déjà avancée par des historiens du 19e et du 20e siècles, selon laquelle les Khazars convertis au judaïsme seraient l’origine principale des communautés juives d’Europe de l’Est. « Au début du 20e siècle, il y a une forte concentration de Juifs en Europe de l’Est : trois millions de Juifs, rien qu’en Pologne », dit-il ; « l’historiographie sioniste prétend qu’ils tirent leur origine de la communauté juive, plus ancienne, d’Allemagne, mais cette historiographie ne parvient pas à expliquer comment le peu de Juifs venus d’Europe occidentale – de Mayence et de Worms – a pu fonder le peuple yiddish d’Europe de l’Est. Les Juifs d’Europe de l’Est sont un mélange de Khazars et de Slaves repoussés vers l’Ouest. »

Si les Juifs d’Europe de l’Est ne sont pas venus d’Allemagne, pourquoi parlaient-ils le yiddish, qui est une langue germanique ?

« Les Juifs formaient, à l’Est, une couche sociale dépendante de la bourgeoisie allemande et c’est comme ça qu’ils ont adopté des mots allemands. Je m’appuie ici sur les recherches du linguiste Paul Wechsler, de l’Université de Tel Aviv, qui a démontré qu’il n’y avait pas de lien étymologique entre la langue juive allemande du Moyen-âge et le yiddish. Le Ribal (Rabbi Yitzhak Bar Levinson) disait déjà en 1828 que l’ancienne langue des Juifs n’était pas le yiddish. Même Ben Tzion Dinour, père de l’historiographie israélienne, ne craignait pas encore de décrire les Khazars comme l’origine des Juifs d’Europe de l’Est et peignait la Khazarie comme la « mère des communautés de l’Exil » en Europe de l’Est. Mais depuis environ 1967, celui qui parle des Khazars comme des pères des Juifs d’Europe de l’Est est considéré comme bizarre et comme un doux rêveur. »

Pourquoi, selon vous, l’idée d’une origine khazar est-elle si menaçante ?

« Il est clair que la crainte est de voir contester le droit historique sur cette terre. Révéler que les Juifs ne viennent pas de Judée paraît réduire la légitimité de notre présence ici. Depuis le début de la période de décolonisation, les colons ne peuvent plus dire simplement : « Nous sommes venus, nous avons vaincu et maintenant nous sommes ici » – comme l’ont dit les Américains, les Blancs en Afrique du Sud et les Australiens. Il y a une peur très profonde que ne soit remis en cause notre droit à l’existence. »

Cette crainte n’est-elle pas fondée ?

« Non. Je ne pense pas que le mythe historique de l’exil et de l’errance soit la source de ma légitimité à être ici. Dès lors, cela m’est égal de penser que je suis d’origine khazar. Je ne crains pas cet ébranlement de notre existence, parce que je pense que le caractère de l’Etat d’Israël menace beaucoup plus gravement son existence. Ce qui pourra fonder notre existence ici, ce ne sont pas des droits historiques mythologiques mais le fait que nous commencerons à établir ici une société ouverte, une société de l’ensemble des citoyens israéliens. »

En fait, vous affirmez qu’il n’y a pas de peuple juif.

« Je ne reconnais pas de peuple juif international. Je reconnais un « peuple yiddish » qui existait en Europe de l’Est, qui n’est certes pas une nation mais où il est possible de voir une civilisation yiddish avec une culture populaire moderne. Je pense que le nationalisme juif s’est épanoui sur le terreau de ce « peuple yiddish ». Je reconnais également l’existence d’une nation israélienne, et je ne lui conteste pas son droit à la souveraineté. Mais le sionisme, ainsi que le nationalisme arabe au fil des années, ne sont pas prêts à le reconnaître.

« Du point de vue du sionisme, cet Etat n’appartient pas à ses citoyens, mais au peuple juif. Je reconnais une définition de la Nation : un groupe humain qui veut vivre de manière souveraine. Mais la majorité des Juifs dans le monde ne souhaite pas vivre dans l’Etat d’Israël, en dépit du fait que rien ne les en empêche. Donc, il n’y a pas lieu de voir en eux une nation. »

Qu’y a-t-il de si dangereux dans le fait que les Juifs s’imaginent appartenir à un seul peuple ? Pourquoi serait-ce mal en soi ?

« Dans le discours israélien sur les racines, il y a une dose de perversion. C’est un discours ethnocentrique, biologique, génétique. Mais Israël n’a pas d’existence comme Etat juif : si Israël ne se développe pas et ne se transforme pas en société ouverte, multiculturelle, nous aurons un Kosovo en Galilée. La conscience d’un droit sur ce lieu doit être beaucoup plus souple et variée, et si j’ai contribué avec ce livre à ce que moi-même et mes enfants puissions vivre ici avec les autres, dans cet Etat, dans une situation plus égalitaire, j’aurai fait ma part.

« Nous devons commencer à œuvrer durement pour transformer ce lieu qui est le nôtre en une république israélienne, où ni l’origine ethnique, ni la croyance n’auront de pertinence au regard de la Loi. Celui qui connaît les jeunes élites parmi les Arabes d’Israël, peut voir qu’ils ne seront pas d’accord de vivre dans un Etat qui proclame n’être pas le leur. Si j’étais Palestinien, je me rebellerais contre un tel Etat, mais c’est aussi comme Israélien que je me rebelle contre cet Etat. »

La question est de savoir si, pour arriver à ces conclusions-là, il était nécessaire de remonter jusqu’au royaume des Khazars et jusqu’au royaume Himyarite.

« Je ne cache pas que j’éprouve un grand trouble à vivre dans une société dont les principes nationaux qui la dirigent sont dangereux, et que ce trouble m’a servi de moteur dans mon travail. Je suis citoyen de ce pays, mais je suis aussi historien, et en tant qu’historien, j’ai une obligation d’écrire de l’Histoire et d’examiner les textes. C’est ce que j’ai fait. »

Si le mythe du sionisme est celui du peuple juif revenu d’exil sur sa terre, que sera le mythe de l’Etat que vous imaginez ?

« Un mythe d’avenir est préférable selon moi à des mythologies du passé et du repli sur soi. Chez les Américains, et aujourd’hui chez les Européens aussi, ce qui justifie l’existence d’une nation, c’est la promesse d’une société ouverte, avancée et opulente. Les matériaux israéliens existent, mais il faut leur ajouter, par exemple, des fêtes rassemblant tous les Israéliens. Réduire quelque peu les jours de commémoration et ajouter des journées consacrées à l’avenir. Mais même aussi, par exemple, ajouter une heure pour commémorer la « Nakba », entre le Jour du Souvenir et la Journée de l’Indépendance. »

Note :

Shlomo Sand est né en 1946 à Linz (Autriche) et a vécu les deux premières années de sa vie dans les camps de réfugiés juifs en Allemagne. En 1948, ses parents émigrent en Israël, où il a grandi. Il finit ses études supérieures en histoire, entamées à l’université de Tel-Aviv, à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Depuis 1985, il enseigne l’histoire de l’Europe contemporaine à l’université de Tel-Aviv. Il a notamment publié en français : « L’Illusion du politique. Georges Sorel et le débat intellectuel 1900 » (La Découverte, 1984), « Georges Sorel en son temps », avec J. Julliard (Seuil, 1985), « Le XXe siècle à l’écran » (Seuil, 2004). « Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël » (Fayard, 2006)

Source : Ofri Ilani, Haaretz, 21 mars 2008, traduit de l’hébreu par Michel Ghys pour Protection Palestine
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lorelianeGTQ

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MessageSujet: Re: Comment le peuple Juif fut inventé. (Shlomo Sand)   3/9/2011, 22:18

Première chose, je signale les doublons Razz

http://novusordoseclorum.discutforum.com/search?mode=searchbox&search_keywords=shlomo+sand&show_results=topics

Deuxième, article :

Mythologie sioniste.
A propos du livre de Shlomo Sand,
" l’Invention du peuple Juif "


par Jacques Werstein

Si la parution de " Comment le peuple juif fut inventé " au printemps 2008, s’est heurtée, durant 6 mois au mur du silence complet de la critique, cet essai historique dédié à " (…) tous les Israéliens et les Palestiniens (…) désireux de vivre dans la liberté, l’égalité et la fraternité " a rencontré les aspirations et les interrogations d’un large public. Face au sionisme dominant, il en a fait, en Israël même, un " best seller " qui est traduit dans toutes les langues et qui a engagé des débats orageux et des interpellations parfois menaçantes. De fait, l’ouvrage de Shlomo Sand qui refuse et déconstruit l’historiographie sioniste visant à entretenir la " guerre sans fin " contre les peuples du Moyen Orient est remarquable et important. Cet article ne se propose pas d’engager ici la discussion sur la conception de la nation défendue par l’auteur, mais d’engager le lecteur de " Dialogue " à se procurer et à lire sa critique documentée, passionnante et vivante…et imparable contre le sionisme.

D’autant que le 29 mai 2009 encore, le journal Le Monde dissertait contre " les mauvaises raisons d’un succès de librairie " et le 15 novembre, le Jérusalem Post titrait encore : " Un historien de l’Université de Tel-Aviv accusé d’antisémitisme " tandis que d’autres assimilaient son ouvrage au " négationnisme des chambres à gaz ".

Cet essai signale chacune de ses sources, chacune de ses recherches issues des importantes découvertes de l’anthropologie, de l’archéologie sociale et culturelle, de la datation scientifique depuis les années 1980 et sur l’analyse critique de l’historiographie sioniste.

Sand écrira dans son avant-propos : " le texte proposé ici a été produit par un historien de métier… qui a pris des risques généralement proscrits dans son champ professionnel du peuple juif… ". Il rappellera qu’en Israël " l’histoire du peuple juif " est tenue séparée de " l’histoire générale " et toute découverte qui risquerait de remettre en cause l’historiographie sioniste est étouffée et bloquée. " L’impératif national, telle une mâchoire solidement refermée bloquait toute espèce de contradiction et de déviation par rapport au récit dominant " Ainsi " (…) la problématique “ qui est juif ?" d’ordre essentiellement juridique pour la reconnaissance des droits… n’a pas préoccupé les historiens pour qui la réponse est connue d’emblée : est juif le descendant du peuple contraint à l’exil, il y a deux mille ans ».

Shlomo Sand place en exergue de son deuxième chapitre intitulé " Mythistoire " le premier paragraphe de la " Déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël " qui est la proclamation établissant l’Etat d’Israël. Il est utile de se souvenir qu’elle avait été adoptée le 14 mai 1948 par le Conseil national qui réunit les membres représentant la communauté juive du futur pays ainsi que le mouvement sioniste à l’étranger. Elle sera lue solennellement par Ben Gourion le lendemain, alors que se poursuivait par les armes et la terreur l’expulsion de la population palestinienne, ainsi que l’appropriation ou la destruction de leurs villes et villages, de leurs terres, où il leur sera interdit de revenir. Pour un seul objectif : débarrasser le futur " Etat Juif " du plus grand nombre possible de Palestiniens ! Ce que la " Déclaration " justifie par ces mots: " La Terre d’Israël est le lieu où naquit le peuple juif. C’est là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. C’est là qu’il réalisa son indépendance, créa une culture d’une portée à la fois nationale et universelle et fit don de la Bible au monde entier. "

Elle se poursuit ainsi : " Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions, priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale (…) les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat (…) " Shlomo Sand porte ce deuxième paragraphe de la " Déclaration d’indépendance " en exergue de son troisième chapitre " L’invention de l’exil. Prosélytisme et conversion. "

Ce " don de la Bible au monde entier ", déclenchant la Nakba, ensevelit le peuple palestinien (avec l’aval de l’ONU), sous le manteau de la légitimité d’un " peuple juif " dont l’origine, le lieu et la date de naissance, l’exil, ainsi que le " droit au retour " sur sa prétendue terre sont considérés comme sacrés !

L’auteur présente rigoureusement les notes, les trouvailles concernant les documents historiques et archéologiques, les ouvrages, les datations, qui lui permettent de déclarer : " Je n’ai mis en évidence que très peu de données nouvelles. Je me suis contenté d’ordonner différemment un savoir historique existant ". Et il critique l’historiographie sioniste à partir de la plus haute antiquité et rappelle les données qui permettent d’affirmer que la fuite d’Egypte des esclaves juifs dirigés par Moïse au 13ème siècle av. JC n’a pas eu lieu. Pas plus que la traversée du désert et la conquête du pays de Canaan, ni le génocide de sa population qui l’a accompagné. La Terre promise offerte par Dieu à Moïse pour son peuple afin de fuir l’Egypte… faisait encore partie à cette époque du royaume d’Egypte et aucune trace d’un évènement d’une telle importance n’existe… Le fabuleux royaume unifié de David et de Salomon n’a jamais été unifié et les fouilles de plus en plus profondes ne mettent à jour aucun Palais dans sa capitale Jérusalem qui n’était qu’un village. Quant à l’exil qui a suivi la destruction du premier temple, il n’a jamais entrainé le peuple de Judée à Babylone. Seule une élite, encore païenne, partit à Babylone où elle tirera de la confrontation avec les cultes Perses l’architecture de la première religion monothéiste mosaïque. Ces récits bibliques prodigieux ont été écrits durant plusieurs siècles pour satisfaire aux besoins prosélytes du judaïsme. Tout comme les textes de l’Iliade et de l’Odyssée, ils ont frappé l’imaginaire des hommes. Mais ils n’ont aucune valeur historique.

Pourtant " dans l’imaginaire historique de Ben Gourion " rappelle Shlomo Sand, " le nouvel Israël était la royauté du Troisième temple et lorsque l’armée d’Israël, par exemple conquit le Sinaï pendant la guerre de 1956, atteignant Charm El Cheikh, on le vit s’adresser aux soldats vainqueurs avec un enthousiasme messianico-historique : “ Et l’on pourra de nouveau entonner l’antique chant de Moïse et des fils d’Israël (…) dans un immense élan commun de toutes les armées d’Israël (…). Vous avez renoué le lien avec le roi Salomon qui fit d’Eilat le premier port israélien, il y a 3000 ans (…) Yotvata surnommé Tiran, qui constituait il y a 1400 ans un Etat hébreu indépendant, redeviendra une partie de la troisième royauté d’Israël. " Son objectif proclamé en 1956, est la conquête des territoires du " Grand Israël " biblique.

Quant à la destruction du deuxième temple par les Romains, en l’an 70 de notre ère qui serait à l’origine de l’exil et de la dispersion des Juifs de Judée, la population juive de Judée n’a pas été chassée. Si les Romains exécutaient sans aucune pitié les combattants et emmenaient comme esclaves nombre de leurs prisonniers, ils continuèrent à lever l’impôt sur les denrées agricoles que produisait la population de Judée, composée essentiellement d’agriculteurs. L’exil du peuple juif n’a pas existé. " L’exil des juifs " a été inventé par les chrétiens, pour marquer les juifs du châtiment que Dieu leur a infligé après leur refus de suivre Jésus Christ, son fils… Les descendants des hébreux antiques seraient-ils les palestiniens arabes actuels ?

Shlomo Sand s’est vu accuser par un détracteur, d’œuvrer au profit des Palestiniens, contre Israël, en affirmant qu’il n’y a pas eu exil, et que les populations susceptibles d’être les " descendants d’Abraham " de l’époque de la destruction du temple, il faut les rechercher dans la population palestinienne actuelle. Sand a retourné le compliment aux auteurs de cette thèse qui ne lui appartient pas. Cette thèse a été énoncée en 1918 par le futur chef d’Etat sioniste Ben Gourion et par Ben Zvi, le futur deuxième président d’Israël qui, alors que le Mandat Britannique sur la Palestine n’était pas encore formellement établi, concevaient d’intégrer ces fellahs palestiniens au projet sioniste. La " descendance judéenne " de ces Palestiniens subsista jusqu’aux jours de 1929 où ces " descendants Judéens Antiques " se soulevèrent pour survivre à l’occupation de leur pays par l’Empire britannique et à l’appropriation de leurs terres par l’Agence juive, chargée de renforcer le Foyer National Juif, en application des accords Balfour du 2 novembre 1917. Chaïm Weissman — un des instigateurs des accords Balfour, qui sera le premier président d’Israël et un président de l’Agence Juive — après que le soulèvement eut été écrasé dans le sang, présenta alors les Palestiniens comme une " population arriérée ". Aussi les sionistes leur confisquèrent leur descendance judéenne antique. Ils n’étaient plus bons qu’à être expulsés de la " Terre promise ".

Le sionisme a pris et a abandonné parmi les thèmes et les récits bibliques ceux qui servaient sa politique du moment. Mais la nécessité d’asseoir son projet sur la légitimité du " retour " d’exil du peuple juif sur sa terre et en chasser les palestiniens, a conduit les sionistes à adopter les positions des penseurs de la " nation juive " du 19ème siècle, à l’époque de Gobineau et non seulement à affirmer l’origine commune de tous les Juifs, mais à avancer l’idée d’un " peuple-race " (bien avant que Hitler n’ait écrit Mein Kampf ) qui n’a pas totalement disparu en Israël, où encore dernièrement des programmes de recherches biologiques et génétiques traquaient l’existence d’un gêne juif encore introuvable !

Shlomo Sand a écrit que sa décision d’engager l’écriture de son livre lui est venue de cette compréhension que la population judéenne ne s’est pas dispersée, à la suite de l’exil, à défaut d’exil. Les documents historiques permettent d’affirmer que les communautés juives et les juifs, autour de la méditerranée, au Yémen, au Turkestan, en Éthiopie, au Maroc, en Espagne, en Allemagne, en Pologne et jusqu’au fin fond de la Russie " n’ont pas été contraints à l’exil " : ils ont été convertis au judaïsme, parfois par la force, le plus souvent par la fougue prosélyte des adeptes de la religion mosaïque.

Ainsi l’auteur cite notamment, une " Histoire des Berbères " écrite en 1396 qui indique : " Une partie des Berbères professait le judaïsme, religion qu’ils avaient reçue de leurs puissants voisins, les Israëlites de la Syrie. Parmi les Berbères juifs on distinguait les Djeraoua, tribu qui habitait l’Aurès et à laquelle appartenait la Kahena, femme qui fut tuée par les Arabes à l’époque des premières invasions… ". Ces tribus Berbères juives participèrent à la conquête de la péninsule Ibérique avec les tribus Arabes et contribuèrent à la constitution de la brillante civilisation hispano-arabe. Les documents sont nombreux qui permettent cette compréhension:" la source profonde de la grande communauté juive d'Espagne, c'étaient les soldats berbères converti au judaïme ". Après leur explusion d'Espagne, ces juifs constitueront les communeautés séfarades d'Afrique du Nord, qui "descendent" donc des tribus Berbères païennes converties au judaïsme.

Quant aux juifs ashkénazes des pays d’Europe de l’est, ils ne proviennent pas de la dispersion des judéens, qui après l’an 70 auraient gagné d’abord Rome, puis auraient fondé des petites communautés judaïques dans l’ouest de l’Allemagne avant de gagner l’est de l’Europe ! Ils sont des exilés du puissant royaume Khazar qui s’étendait de la mer Noire jusqu’à la mer Caspienne, de la Volga jusqu’au Nord-Caucase dont le roi s’est converti au judaïsme au 8ème siècle de notre ère. Son " existence est confirmée par des témoignages précis à la fois Arabes, Perses, Byzantins, Russes, Arméniens, Hébreux et même Chinois. Tous les documents attestent sa grande puissance et plusieurs donnèrent même un compte rendu complet de sa surprenante conversion au judaïsme et de l’expansion de sa religion qui s’en suivit dans tout le royaume". Après une histoire agitée et guerrière, qui l’affaiblit, le royaume sera totalement disloqué par la tempête mongole qui déferlera au 13ème siècle sous la conduite de Gengis Khan. La destruction des complexes systèmes d’irrigation aménagés autour des grands fleuves, qui permettaient les indispensables cultures du riz, du raisin... entraîna un vaste mouvement migratoire d’une partie imposante de la population pendant les siècles qui suivirent, vers la Russie et l’Ukraine, jusqu’à la Pologne, la Lituanie et les régions tampons allemandes. La version officielle sioniste qui accrédite une origine allemande aux implantations juives en Europe de l’Est est invraisemblable. Les quelques petites communautés juives allemandes qui existaient à l’époque à Mayence, à Worms, Cologne et Strasbourg ne regroupaient au maximum que 2000 membres. Elles n’ont pu engendrer la multitude des communautés et la dense population juive qui essaimèrent, avec leurs bourgades entourant leur synagogue. Au début du 17ème siècle ces juifs parlaient encore des dialectes dérivés des langues slaves. Mais leurs relations commerçantes et entremetteuses avec la colonisation allemande vers l’est, au cours des 14ème et 15ème siècles et la fondation de grandes villes de commerce et d’artisanat, où les échanges se faisaient en allemand, infusèrent des expressions et son vocabulaire dans l’armature linguistique slave initiale jusqu’à forger une langue nouvelle : la langue yiddish. Les juifs ashkénazes sont bien issus des populations slaves et des habitants convertis du royaume juif Khazar. L’historiographie sioniste l’avait admis jusqu’à la guerre des six jours qui conduisit les armées d’Israël jusqu’à occuper Jérusalem, la " capitale du royaume de David " en 1967. Alors l’hystérie des vainqueurs exacerba aussi leur crainte de voir contester le prétendu droit historique du " peuple élu " sur cette terre biblique. Ils se replièrent sur leur unique origine biblique et effacèrent le souvenir des cavaliers des steppes khazares, ces fiers païens convertis au judaïsme, ancêtres des juifs ashkénazes. La khazarie fut effacée pour cause d’antisémitisme, de l’historiographie sioniste. L’auteur le rappelle néanmoins : " les juifs d’aujourd’hui sont les descendants de convertis ! "

Ces conversions ont engendré une grande diversité de communautés judaïques, de l’Ethiopie au Kurdistan, du Yémen aux bords de la Méditerranée, de l’Espagne au fin fond de la Russie, dont les cultures, les modes de vie, leurs langues, leurs coutumes, leur habitat et leur architecture les rapprochaient plus des populations qu’ils côtoyaient, que des membres des autres communautés juives. Le lien entre ces diverses communautés n’est pas d’ordre national. Le seul point commun entre elles réside dans leur religion judaïque et quelques pratiques cultuelles.

Shlomo Sand peut affirmer qu’il n’existe pas de peuple juif international. Le " peuple juif " a été inventé. " L’existence d’un peuple juif est une fiction ", " mais, écrit-il, je reconnais un peuple yiddish, qui existait en Europe de l’est, qui n’est certes pas une nation, mais où il est possible de voir une civilisation yiddish avec une culture populaire moderne. Je pense que le nationalisme juif s’est épanoui sur le terreau de ce « peuple yiddish. "

Comment unifier cette diversité ?

Les jeunes historiens juifs allemands du début du 19ème siècle, interdits d’accès aux fonctions universitaires pour raison de " religion particulière " s’inscrivaient dans la continuation des valeurs de la Révolution française et prônaient l’émancipation politique de la jeune Allemagne qui nécessitait sa rupture complète avec toute religion. La religion doit rester une question d’ordre privé ! Aussi ont-ils baptisé leur religion, qu’ils ne reniaient pas, la religion " israélite ", pour la démarquer des termes " judaïque " ou " juif ", qui avaient une connotation ethnique, voire raciale. Pour ces historiens qui associent leur émancipation à celle de l’ensemble du peuple allemand, dont ils se revendiquent, la Bible est le Livre théologique des juifs et non un document historique national juif.

Par contre et en opposition avec cette orientation démocratique, dans la deuxième moitié du 19ème siècle, alors que la question nationale a été posée et se pose encore en différents pays comme la Pologne, l’Allemagne, l’Italie, la Grèce, l’Irlande, l’Espagne …des intellectuels et historiens juifs allemands, confrontés aux violentes exactions antisémites, et qui sont hostiles à toute jonction avec le mouvement socialiste en plein développement, entendent affirmer leur " identité nationale juive ". Certains vont au-delà et posent l’existence d’un " peuple-race " juif. Selon eux, « le judaïsme est porteur d’un sang particulier qui les différencie des autres groupes humains (…) le sionisme entend œuvrer au progrès de la race pour un peuple-race fort (…) qui est inscrit dans la descendance Abrahamique ». C’est sur ce terreau que naitra bientôt l’exigence, la revendication d’une nation juive et d’un Etat juif pour les Juifs dispersés. Le sionisme était né.

L’auteur écrit que " De 1897 année de la réunion du premier Congrès sioniste jusqu’à la fin de la Première Guerre Mondiale, le sionisme fut un courant très minoritaire et insignifiant au sein des communautés juive dans le monde. La pensée sioniste se développa timidement dans l’ombre de l’idée nationale allemande ". Elle réussit néanmoins à pénétrer jusqu’aux centres culturels de la population yiddish. Le père du sionisme Hertzl écrivit en 1895: " Je me contente de dire ceci : nous constituons une entité historique, une nation de composantes anthropologiques différentes. Ce point est suffisant pour former un Etat Juif. Aucune nation ne présente une unité de race. " Il voulait atteindre son but sans s’embarrasser d’une recherche historique trop approfondie ni se surcharger d’arguments biologiques. Il dénigrait le faciès des juifs et il se déclarait prêt à collaborer avec les régimes antisémites : " ils ont le même intérêt que nous sionistes à ce que les juifs quittent leur État et aillent fonder le leur ! " (Le sionisme se trouvait ainsi en situation d’être l’outil de l’Empire britannique au sortir de la première guerre mondiale, qui consentira l’installation d’un " foyer national juif " en Palestine, pour devenir par la suite, avec l’Etat d’Israël, le bras armé américain dans la région - notons que Shlomo Sand ne s’engage jamais dans une telle analyse. NDR).

Le cinquième chapitre intitulé " La distinction. Politique identitaire en Israël " place en exergue le douzième paragraphe de la " Déclaration d’indépendance " : " l’Etat d’Israël sera ouvert à l’immigration des juifs de tous les pays où ils sont dispersés. Il développera le pays au bénéfice de tous ses habitants ; il sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix enseignés par les prophètes d’Israël ; il assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe, il garantira la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture. " Shlomo Sand interroge : " peut-on définir Israël comme une entité démocratique ? ". Il répond : " Les libertés d’expression et d’association dans les frontières d’Israël de 1967 sont considérables, même en comparaison des démocraties occidentales…" mais " les atteintes aux droits du citoyen sont routinières dans l’Etat des Juifs…il n’y existe pas de mariage civil, d’enterrement civil public, de transports publics le jour du shabbat et les jours fériés ou encore la violation du droit de propriété des citoyens arabes dévoilent un aspect très peu libéral de la législation et de la culture quotidienne israélienne. En outre une domination de plus de quarante ans sur un peuple entier, entièrement dépourvu de droits dans les territoires conquis depuis 1967 (...) depuis la loi des propriétaires absents et celles sur l’acquisition des terres à la création de l’État, jusqu’aux lois et décrets qui permettent la discrimination des citoyens palestino-israéliens (non mobilisables dans l’armée) — tant sur le plan des droits que sur celui de la répartition des ressources, par le biais du concept “d’ancien militaire" — en passant par la loi du retour et la loi matrimoniale, l’Etat d’Israël circonscrit à ses Juifs l’essentiel du bien public par l’intermédiaire de sa législation ». Et il cite en exemple: " les “nouveaux immigrants" qui bénéficient d’un généreux "panier d’intégration" jusqu’aux colons dans les territoires occupés qui participent aux élections et reçoivent d’importants budgets, bien qu’ils résident en dehors des régions sous souveraineté israélienne ». Il en conclut que " les enfants d’Israël “ descendants biologiques" de l’antique royaume de Judée, bénéficient ouvertement de la préférence de l’État. »

Shlomo Sand rappelle qu’en 1947, l’Assemblée générale de l’ONU vota à la majorité des voix la création d’un " Etat juif " et d’un " Etat arabe " sur le territoire qui portait auparavant le nom de " Palestine/Eretz Israël ". Ceux qui votèrent ne furent pas particulièrement précis dans l’interprétation du terme " juif " et ne supputèrent pas les problèmes que cela poserait lors de l’édification du nouvel État. Parmi les 900 000 Palestiniens qui étaient censés rester en Israël et dans les territoires supplémentaires qu’il s’adjoignit à la suite de sa victoire militaire, environ 730 000 furent expulsés ou s’enfuirent, soit plus que l’ensemble de la population juive à cette même époque (640 000 personnes). En raison du principe idéologique selon lequel " Eretz Israël " est la terre historique du " peuple juif " il fut possible d’empêcher sans remords inutiles le retour de ces centaines de milliers de réfugiés dans leurs foyers et sur leurs terres après les combats. Cette épuration partielle ne régla pas totalement les problèmes d’identité dans le nouvel État. Environ 170 000 arabes y demeuraient encore, et de nombreux déracinés étaient arrivés d’Europe avec leur conjoint non-juif. Sous la pression de la résolution de l’ONU, Israël dut accorder la citoyenneté aux habitants Palestiniens restés à l’intérieur de ses frontières. Et bien qu’il ait procédé à des expropriations gouvernementales sur plus de la moitié de leurs terres, et imposé à la plupart d’entre eux un régime militaire et des limitations sévères jusqu’en 1966, ces derniers sont cependant devenus citoyens sur le plan légal. On pouvait espérer qu’à terme la législation appliquerait le principe d’égalité à tous les citoyens du pays, et pas uniquement aux Juifs.

Mais si tous les citoyens, qu’ils soient considérés comme des Juifs ou pas, sont devenus des israéliens, l’État d’Israël ne se contenta pas d’une hégémonie juive, il refusa d’appartenir formellement et concrètement à tous ses citoyens. Dès 1947 il fut décidé que les Juifs ne pourraient pas épouser de non-Juifs pour ne pas créer de fossés entre laïques et religieux, et la juridiction matrimoniale du futur État fut laissée aux mains du rabbinat. En 1953, la promesse politique de ne pas instituer de mariage civil en Israël fut légitimée par la loi sur la juridiction des tribunaux rabbiniques qui soumet les affaires matrimoniales à la " loi biblique ". Ce fut la première expression étatique de l’exploitation cynique de la religion juive dans la mise en œuvre des objectifs sionistes. " La difficulté d’établir une définition et de fixer les frontières précises d’une impossible identité juive laïque est insurmontable : celle-ci est condamnée à s’abandonner dans la « souffrance permanente " de la tradition rabbinique ». On retrouve aussi une séparation presque totale dans le système de l’Éducation nationale en Israël. Il n’existe pratiquement pas d’écoles où des enfants judéo-israéliens étudient avec des enfants " palestino-israéliens ". La ségrégation a aussi toujours été l’apanage du mouvement kibboutznik où les arabes n’ont jamais été acceptés.

Les penseurs sionistes ont bien pris garde de ne pas qualifier cette nouvelle société israélienne de " peuple ", ni évidement de " nation ". Selon Shlomo Sand, la communauté juive israélienne commençait à adopter, selon tous les critères possibles, des caractéristiques de peuple et même de nation : une langue, une culture de masse commune, un territoire, une économie, une souveraineté indépendante. Le caractère spécifique de ce que l’auteur considère comme un " nouveau peuple " potentiel a été systématiquement récusé par les fondateurs et représentants sionistes, qui le considèrent comme un " non-peuple " et une " non-nation ", mais seulement comme une partie du judaïsme mondial, qui poursuit sa " montée " vers Eretz Israël. Shlomo Sand peut constater que Bernard Henri Lévy et Finkielkraut qui n’envisagent pas de venir faire leur alyia sont plus Juifs aux yeux de cet État d’Israël que ses propres collègues de l’université de Tel-Aviv. La religion est ainsi un reflet ethnique et la consolidation des bases religieuses dans la politique israélienne " la font devenir plus nationaliste et surtout plus raciste " écrit l’auteur.

En 1970, sous la pression des cercles religieux, la loi du retour reçut un nouvel ajout souscrivant à la définition religieuse intégrale et précise du " juif authentique " : " est juif celui qui est né d’une mère juive ou s’est converti et n’est plus rattaché à une autre religion ". Le lien instrumental entre la religion rabbinique et la conception nationale était enfin soudé ! Golda Meir en 1972 pouvait déclarer qu’à ses yeux de premier ministre laïque d’Israël " un juif épousant une “ non-juive" rejoint les six millions de victimes du nazisme ».

" De plus la politique de colonisation massive en Cisjordanie et à Gaza, ouvertement menée dans le cadre d’un système d’apartheid contribuait à l’implantation dans ces régions d’une “démocratie des maitres juifs" subventionnée et entretenue par l’État, car l’annexion formelle de ces territoires après la guerre de 1967 aurait conduit » — à moins d’éliminer complètement cette fois-ci, sa population palestinienne — " à la formation d’une entité binationale " qui, selon Sand aurait annulé tout espoir de continuité de l’existence d’un État à majorité Juive. Mais les plus grands juristes d’Israël dont l’auteur cite les sentences affirment ne déceler aucune contradiction entre la nature de cet État et une démocratie libérale. Pourtant aucun Juif vivant dans une démocratie libérale occidentale ne pourrait aujourd’hui s’accoutumer aux formes de discrimination et d’exclusion vécues par les " citoyens palestino-israéliens " résidant dans un Etat qui déclare explicitement ne pas leur appartenir. " La mythologie de l’ “ethnie" juive coule dans les veines de l’Etat d’Israël et menace de le désagréger de l’intérieur » s’inquiète l’auteur qui poursuit : " l’exclusion et la discrimination d’un quart de la population civile du pays, Arabes et autres citoyens qui ne sont pas considérés comme Juifs, d’après la loi religieuse et l’ “Histoire", créent des tensions incessantes qui, dans un avenir indéfini, sont susceptibles de se transformer en scissions violentes, difficiles à ressouder ». Il poursuit : " c’est pourquoi le rejet de l’existence d’Israël en tant qu’Etat exclusivement juif prend corps et se radicalise parmi les Arabes de 1948, (après les deux soulèvements palestiniens de 1987 et 2000) et il est difficile d’entrevoir les facteurs qui seraient à même de freiner ce processus " ainsi que " le danger sous-jacent contenu dans le potentiel de haine des Palestiniens frustrés qui vivent à l’intérieur de ses frontières ". Et l’auteur ajoute : " Bien que le néocolonialisme (…) qui s’est exprimé à travers l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak grise les élites du pouvoir de l’Etat Juif (…) l’énorme puissance militaire d’Israël, son arme nucléaire et même la grande muraille de béton dans laquelle il s’est enfermé ne l’aideront pas à éviter de transformer la Galilée en “ Kosovo" » ( le Kosovo " indépendant " où les Etats-Unis ont construit une de ses plus grande base militaire au monde ?).

C’est par une description de complète impasse et d’une constante humiliation de son propre idéal démocratique que Shlomo Sand pose la question concernant " l’Etat Juif " : " Juif et démocratique - un oxymore ? (...) Les mêmes mythes qui se sont avérés efficaces pour la construction de l’État national risquent de contribuer à l’avenir à mettre en danger son existence même. " Et il énonce des mesures démocratiques qui conduiraient la transition de l’État des Juifs actuel, vers un véritable État israélien appartenant à tous ses citoyens.

Et le lecteur arrivé au bout de cet implacable réquisitoire contre le sionisme s’interroge : comment affirmer honnêtement, que l’État d’Israël peut se démocratiser ?

" Comment le peuple Juif fut inventé " s’achève sur une dernière interrogation : " Il est logique qu’un essai qui au fil des pages, remet en cause le passé juif s’achève sur un questionnement quelque peu insolent sur un avenir douteux. Et en définitive, si l’on peut tenter de modifier de façon si radicale l’imaginaire historique, pourquoi ne pas chercher également à envisager, en faisant preuve de beaucoup d’inventivité un avenir totalement différent ? " Et il conclut : " Si le passé de la nation relève essentiellement du mythe onirique, pourquoi ne pas commencer à repenser son avenir, juste avant que le rêve ne se transforme en cauchemar ? "

La discussion fraternelle entre tous les combattants pour l’émancipation politique à laquelle convie l’ouvrage de Shlomo Sand ne manquera pas de s’élargir encore !

http://www.dialogue-review.com/fr/article_werstein.php5
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paralleye
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MessageSujet: Re: Comment le peuple Juif fut inventé. (Shlomo Sand)   4/9/2011, 00:56

Merci loreliane pour la précision des doublons !

Je les ai fusionnés.

Bon j'ai été trainer sur les archives de l'a.a.a.r.g.h et je viens de trouver le bouquin,donc le voilà (aucune idée de ce qu'il vaut) :

Shlomo Sand - Comment le peuple juif fut inventé



http://aaargh.codoh.info/fran/livres10/SANDcommentl.pdf

J'en ai fait un petit lien megaupload au cas où elephant :

#http://www.megaupload.com/?d=O8DQMFBE

Le site des archives de l'a.a.a.r.g.h :

http://aaargh.codoh.info/fran/
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lorelianeGTQ

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MessageSujet: Re: Comment le peuple Juif fut inventé. (Shlomo Sand)   4/9/2011, 01:34

Merci paralleye pour le livre! je vais aller lire ça de ce pas, et merci encore pour la fusion des topics, y a tellement de travail à faire de ce coté là Rolling Eyes

Salam Smile
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Comment le peuple Juif fut inventé. (Shlomo Sand)
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