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 Hadopi : ce que la loi ne dit pas

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GarfieldLove

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MessageSujet: Hadopi : ce que la loi ne dit pas   7/5/2009, 07:01

Le 29 avril 2009, l’assemblée nationale a commencé l’étude en 2ème lecture de la loi Hadopi. Dans mon précédent article, j’ai tenté de montrer en quoi ce texte est potentiellement dangereux pour le net Français et pourquoi il est déjà dépassé techniquement. Cependant, un autre point me semble également intéressant : cette loi est autant gênante par son contenu que par ses omissions. Suite à l’évolution rapide des technologies que nous avons connue ces 15 dernières années, de nombreuses questions mériteraient d’être posées. Hors la loi Hadopi, outre son caractère liberticide, n’offre aucune réflexion en profondeur. Elle ne prévoit entre autres aucun changement dans le mode de rémunération des artistes, et semble vouloir pérenniser le système actuel sans réfléchir aux atouts que pourrait apporter la dématérialisation des échanges. Pour Christine Albanel, l’offre légale actuelle est suffisante et abordable, à tel point « qu’il n’y a pas du tout besoin de télécharger illégalement ». Je vous propose un petit tour de l’offre légale et illégale où nous verrons que tout n’est pas si parfait. J’essaierai également d’élargir le débat sur les possibilités qu’offrent la technologie à l’industrie culturelle.
Le piratage, ou l’histoire d’un acte manqué

Pour cela je vais commencer par vous raconter mon expérience personnelle dans le domaine. Tout commence en 1997, alors que j’expérimente ma première connexion internet. Certes les adresses en "http://" ont commencées à fleurir en bas des pages de publicité, mais en réalité le réseau en est encore à ses débuts. Les offres sont limitées (les forfait dépassent rarement 20h), le débit sont très faibles (5Ko/sec par beau temps, donc plus de 3 minutes pour télécharger 1Mo de données), les déconnexions sont fréquentes et la plupart des pages webs françaises sont faites artisanalement par des amateurs. Cependant, ayant pris l’habitude d’écouter mes CDs audio sur ordinateur et constatant leur inexorable empilement (c’était l’époque glorieuse où AOL, Infonie, Club Internet et consorts distribuaient leurs offre sur CDs), j’ai cherché s’il existait un moyen de stocker ma musique sur ordinateur. C’est alors que j’ai découvert l’algorithme qui a révolutionné la musique : le MP3.

Cet algorithme, publié en 1995 par l’institut Fraunhoffer, permet de couper les fréquences inaudibles par l’oreille humaine et réduit ainsi drastiquement la taille d’un fichier audio : 1 méga octet de donnée permet alors de stocker environ 1 minute de musique, contre 8 à 20 Mo auparavant. Ainsi, un CD audio qui permettait de contenir environ 74 minutes de musique, pouvait désormais en contenir environ 650 (soit plus de 10h). De plus, les fichiers étaient désormais copiable d’ordinateurs à ordinateurs : la dématérialisation de la musique était née. Ma première tâche a donc été de copier mes CDs au format MP3 sur mon ordinateur. Cependant cette tâche était assez fastidieuse étant donné les fréquences des processeurs de l’époque. En effet, il fallait compter environ 1h entre le "ripage" d’une piste jusqu’à sa compression au format MP3, soit de 10 à 15h pour un CD. J’ai donc rapidement cherché s’il était possible d’acheter directement la musique au format MP3, ce qui semblait réaliste puisque le format existait depuis déjà 2 ans. Mais ma déception a été grande : aucun site ne proposait de télécharger légalement de la musique. La seule musique numérique proposée légalement se résumait à des extraits au format Real Audio pour inciter à acheter le CD. C’est à ce moment que je me suis tourné vers les sites "illégaux" qui proposaient des MP3, et que je suis devenu par la force des choses un pirate. Ces sites étaient à l’époque tenus par des particuliers qui proposaient gratuitement les MP3 qu’ils avaient laborieusement compressés. Souvent hébergés sur des serveurs privés (les fameux FTP), les fichiers étaient dur à trouver (de nombreux liens brisés), mettaient très longtemps à se télécharger (un échec de téléchargement obligeant à reprendre à zéro) et avaient parfois une qualité médiocre. A cette époque, une offre légale aurait donc été la bienvenue, tant le système d’échange des MP3s était pénible.

Puis, en 1999, apparaît un programme qui révolutionne les échanges de fichiers : Napster. Ce programme permet de visualiser tous les fichiers partagés par les internautes et de télécharger ceux qui nous intéressent. Les débits n’ont certes pas beaucoup progressés en 2 ans, mais le système permet au moins d’épargner le temps de recherche et de faciliter le téléchargement (plus besoin de tout recommencer en cas d’échec). A partir de ce moment, l’échange de fichiers audio va se démocratiser et connaître l’engouement que l’on connaît. Cependant, les majors se rendent compte de l’ampleur du phénomène et font fermer Napster en 2001, qui sera aussitôt remplacé par le réseau GNUtella (Kazaa et eDonkey étant les principaux clients). La vague du Peer to Peer est désormais lancée et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Enfin, en 2003, iTunes Store fait son apparition. C’est la première plateforme légale à proposer le catalogue des 5 grandes majors du disque (EMI, Universal, Warner, Sony Music Entertainment et BMG). Il a donc fallu 6 ans (8 ans si on compte l’invention du MP3) pour qu’une offre légale exhaustive fasse son apparition sur Internet ! Si les prix peuvent sembler raisonnables (0,99€ par titre), le principal défaut est que les fichiers sont protégés par DRM, protection imposée par les majors qui craignent que les fichiers achetés légalement ne soient ensuite échangés. Ainsi, un fichier téléchargé légalement ne peut être lu que sur certaines plateformes (Windows, Mac et les iPods). Pire, changer un composant sur votre ordinateur rend tous vos fichiers illisibles et vous devez alors les racheter. De plus, un fichier acheté légalement n’est pas lisible sur un baladeur MP3 vendu dans le commerce, alors que ceux-ci ont déjà commencé à se démocratiser à l’époque. Ainsi, on voit clairement que l’offre légale est dès le départ partie perdante avec les DRMs. Une offre dématérialisée était certes disponible, mais elle offrait un service inférieur au compact disc : qualité moins bonne et fichiers non échangeables (contrairement aux CDs) ! Puis, en avril 2009, Apple annonce enfin la suppression des DRMs sur l’ensemble de son catalogue.
Il a donc fallu 10 ans pour qu’une offre légale payante arrive à égaler Napster, et encore... Il est déconseillé d’échanger ou de prêter les fichiers audio téléchargés légalement, ceux-ci contenant les références de l’acheteur.

L’offre légale de films (ou vidéo à la demande) est quant à elle toujours aussi pauvre. Elle est très peu fournie (seuls les derniers blockbusters sont proposés, 7 mois et demi après leur sortie), les fichiers ont des DRMs (utilisables que sous Windows, sur une seule machine, et les fichiers sont inutilisables si on change un composant du PC), la qualité est passable, le tout pour le même prix qu’un DVD... Le message ici est donc clair : n’achetez pas des films en ligne, achetez des DVDs ! Je parlerais donc très peu de l’offre cinématographique dans la suite de l’article.


Pourquoi une évolution si lente ?

Pourquoi les majors se sont-ils désespérément accrochés aux supports physiques ? Outre la peur de l’inconnu, qui n’a toujours pas été surmontée en 2009, un autre argument me semble pertinent. Pour cela, voyons comment sont répartis les gains sur la vente d’un CD :

Pour un disque vendu 13.34 € HT :

* Distributeur : 5.18 € --- 39%
* Editeur : 3.82 € --- 29%
* Producteur : 2.59 € --- 19%
* Interprète : 1.17 € --- 9%
* Auteur : 0.29 € --- 2%
* Compositeur : 0.29 € --- 2%


Premier constat : c’est le distributeur qui engrange le plus de gains (5,18€), avec l’éditeur (3,82€). Hors, avec une musique dématérialisée, ces frais disparaissent. Les premiers à vouloir freiner le développement de l’offre légale sur internet ont donc été les distributeurs (en particulier les grandes surfaces), qui possédaient à l’époque le principal moyen de diffusion de la musique et ont encore aujourd’hui de forts moyens de pression. Vient ensuite pour la répartition des gains le producteur, donc la maison de disque, qui touche 2,59€. Hors, certaines majors se chargent elles-mêmes de l’édition et de la distribution, et peuvent donc toucher jusqu’à 87% de la somme. Quant aux artistes, ils touchent en tout 1,75€, à se répartir entre eux.

Sur iTunes, la répartition est encore plus déséquilibrée. Sur un titre vendu 0,99€, Apple reverse 0,70€ à la maison de disque, celle-ci reversant ensuite 9 centimes aux artistes. La maison de disque va dans tous les cas toucher 61% de la somme, et l’artiste seulement 10% (contre 13% pour un CD). En Octobre 2008, la CRB (commission en charge de la répartition des royalties aux Etats Unis) demanda à ce que la part des artistes passe de 9 à 15 centimes par titre vendu (2). L’industrie du disque demanda alors à iTunes de payer la différence. Itunes Store menaça alors de fermer boutique, car amputer sa marge (qui est de 29 centimes) de 6 centimes supplémentaires l’aurait conduit à vendre à perte. Dans certains cas, la maison de disque "oublie" même de payer la part revenant à l’artiste (3).

On le voit, les plus gros revenus sont réservés aux maisons de disque. Ces gains sont-ils réellement indus ? Quelques nuances méritent d’être apportées.


Les majors, d’odieux exploiteurs ?

Pas tout à fait. L’industrie du disque est une industrie qui à la base fonctionne à flux poussé. Il faut d’abord créer le produit (enregistrement et édition du CD), puis le pousser sur le marché (marketing) pour qu’enfin il trouve son public qui va acheter le CD et rentabiliser l’investissement. Produire un nouvel artiste inconnu du public correspond donc à un risque pour les maisons de disque. De mauvaises ventes signifient des pertes importantes, car produire un CD et le pousser sur le marché coûte très cher, les dépenses marketing étant forcément plus importantes pour un nouvel artiste. Ainsi le groupe Kassav (groupe de musique Créole qui s’autoproduit) a récemment envoyé à PCInpact le détail des dépenses pour la production et la mise sur la marché de leur dernier CD (4) : la facture s’élève à 176663€ (dont 65500€ de marketing). Si on considère que Kassav touche en tant qu’artiste et producteur 4,34€ par CD, il lui faudra en vendre 40705 pour rentabiliser son investissement (ce qui n’est pas énorme pour un groupe mondialement connu, mais peut être dur à atteindre pour de "petits" artistes). Une fois l’artiste lancé, les dépenses marketing vont pouvoir se réduire et la rentabilité va augmenter. Ces recettes supplémentaires peuvent ainsi servir à la maison de disque à financer des nouveaux artistes et faire des bénéfices. De plus, les médias dominants (télé et radio) étant encore sur un modèle de diffusion "mainstream" dont le temps d’antenne est limité, il est nécessaire de faire appel à de grosses structures pour y être représenté. Dans une certaine mesure, les revenus des majors peuvent donc se justifier en raison du risque encouru et de la nécessité d’assurer la visibilité des nouveaux artistes sur les médias mainstream.

Cependant au début des années 90 (bien avant le début du piratage), l’industrie du disque a de plus en plus cherché à réduire les risques en fonctionnant à flux tendu. Il s’agissait alors non pas de faire connaitre un artiste nouveau au public, mais de produire des artistes répondant à la mode du moment (souvenez vous des Boys Bands...) ou ayant déjà acquis une certaine notoriété (la Star Academy est le meilleur exemple). Le risque encouru est de ce fait réduit puisque le public est quasi certain de répondre à l’appel. Les profits à court terme sont de plus privilégiés, les maisons de disque préférant exploiter à fond le potentiel d’un artiste, quitte à le surexposer et le rendre très vite "has been". La méthode permet de rentabiliser l’investissement à très court terme et de constamment inonder le marché de produits nouveaux.
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MessageSujet: suite et fin   7/5/2009, 07:01

Si cette méthode a permis aux majors de se développer rapidement et d’obtenir une très grande influence dans la sphère médiatique, elle a selon moi fortement dévalorisé la culture aux yeux du public... Bien plus que le piratage et sa gratuité. En vendant au même prix de la musique produite à la chaine, dont la durée de vie ne dépasse pas quelque mois, avec celle de "vrais" artistes, les majors sont allés trop loin dans le mercantilisme. Les gens ne sont maintenant plus prêts à payer 20€ pour un CD qui a une chance sur deux de terminer au fond d’un placard au bout de quelques semaines. C’est à mon avis pour cela que les maisons de disques sont aussi mal perçues, et que voir leurs ventes s’écrouler ne tire pas la moindre larme à qui que ce soit, tant elles ont abusé de leur position dominante pendant des années. A force de vendre tout et n’importe quoi au même prix, les consommateurs ont l’impression de s’être fait avoir et ne sont plus prêts à payer aussi cher pour de la musique. Si le piratage a sans doute encouragé une notion de gratuité, les majors ont aussi leur part de responsabilité dans la dévalorisation de la musique.

Cela a pour conséquence que même si la loi Hadopi arrive à stopper le piratage par l’intimidation, le "but pédagogique" semble quant à lui bien illusoire. Les majors ont tellement profité du système quand il leur était favorable, que pour beaucoup de gens le piratage est perçu comme un juste retour de bâton. Quelle sera la réponse du consommateur face à la "menace pédagogique" de l’Hadopi lorsqu’il recevra un mail ? A mon avis les cas les plus probables sont :


* Retour à des méthodes traditionnelles d’écoute pour les néophytes (le bon vieux CD). En effet, la menace de l’Hadopi risque d’être tellement floue (les fichiers incriminés ne seront pas cités) qu’elle risque de rendre méfiantes les personnes mal informées, qui seront tentées d’abandonner simplement la musique numérique. Au fond, cette solution arrangerait à la fois les maisons de disque et les distributeurs, mais est assez choquante car elle signifierait un brusque retour en arrière.
* Boycott des produits culturels et recherche de nouveaux moyens de pirater pour les gens mieux informés. Il est peu probable que recevoir un mail de l’Hadopi vous accusant (à tort ou à raison, cf mon précédent article (1)) de voler les majors incite les gens à courber l’échine et à se tourner docilement vers l’offre légale. Pire, nommer les offres légales dans les mails de menace risque d’entacher durablement la confiance que peuvent avoir les utilisateurs envers ces offres, qui seront désormais perçues comme intrusives. Le piratage baissera certainement, mais les ventes ne vont sûrement pas augmenter dans les mêmes proportions. Je pense que l’industrie du divertissement a d’ores et déjà perdu la confiance d’une bonne part de son public par ses nombreux abus et ses nombreuses tentatives d’intimidation (procès médiatiques, loi Hadopi, ...). Acheter légalement nécessite de s’inscrire. Or fournir ses coordonnées à des entreprises qui prônent la traque et le fichage systématique des internautes, et installer leurs logiciels propriétaires sur sa machine, donne l’étrange sentiment de se jeter dans la gueule du loup... Pour ma part, j’ai l’impression de risquer plus en achetant ma musique légalement qu’en la téléchargeant illégalement.


Ainsi, le gouvernement devrait favoriser un retour de la confiance du consommateur plutôt qu’une méthode répressive qui sera perçue comme de la surveillance et de la vente forcée. Ce n’est pas en menaçant les consommateurs qu’ils vont rentrer dans le droit chemin. Il s’agit au contraire de rendre l’offre légale plus attractive et de certifier au public qu’il ne risque rien en y souscrivant, quitte à amnistier les téléchargements illégaux précédemment effectués.


Le potentiel du numérique est-il réellement exploité ?

Une autre question que je me pose est la suivante : l’offre légale actuelle tire-t-elle réellement profit de tous les atouts du numérique ? Pour l’instant le seul intérêt qu’ont vu les maisons de disque à vendre de la musique numérique sont les DRMs, qui permettent de restreindre encore plus l’accès à la musique. Ainsi, au lieu d’utiliser la technologie pour améliorer l’offre existante, les majors l’ont utilisé à des fins uniquement mercantiles, les DRM offrant un service inférieur au CD. De plus, elles soutiennent qu’aucune offre légale numérique rentable n’est possible tant que le piratage existera. A cela je réponds que c’est totalement faux, et que les majors manquent cruellement d’imagination !
Tout d’abord l’offre illégale est loin d’être parfaite :


* Seuls les fichiers les plus populaires sont faciles à trouver. Les chansons anciennes ou peu connues sont plus difficiles à obtenir. Hélas les majors sont encore réticents à vendre sur internet leur fond de catalogue et ne répondent pas à cette demande.
* Difficulté de trouver des films en Français (sans parler du Français non Canadien).
* La qualité varie d’un fichier à un autre.
* Beaucoup de fichiers mal nommés, qui ne correspondent pas à ce qu’on cherche.
* Beaucoup de virus.
* Nécessité de rester informé car les réseaux d’échange évoluent constamment.


Plutôt que de répéter inlassablement que l’offre pirate est nocive pour les raisons précédentes et qu’il faut à tout prix la supprimer, pourquoi ne pas utiliser ces arguments comme angle d’attaque pour une offre légale ? Les majors sont persuadées que tant qu’une offre gratuite existera les gens l’utiliseront massivement. Je pense plutôt que les consommateurs utilisent la solution la plus simple et la plus efficace, à condition que ses prix lui semblent convenables. Les prix de l’offre légale sont-ils convenables ? En ce qui me concerne je pense que non, 1€ correspondant à la somme que je suis prêt à payer lorsque je suis sur d’apprécier le titre que je télécharge (et encore...). Autant je serais prêt à donner entre 5 et 10 centimes pour un titre inconnu, autant il est hors de question de dépenser 1€ pour être déçu au final. On me répondra : pourquoi ne pas écouter le titre en streaming sur Deezer et l’acheter si il te plait ? En réalité, je vais plutôt écouter le titre sur Deezer, et continuer de l’écouter de cette façon sans l’acheter... Pourquoi me fatiguer à trouver le fichier sur une offre légale si l’offre Deezer me convient ? Les offres légales de vente doivent se montrer plus audacieuses si elles veulent attirer et garder leurs clients. Ecouter un titre en streaming rapporte environ 0,0007€ aux ayants droit. 142 écoutes sont donc nécessaires pour rapporter autant que si je l’avais acheté 10 centimes, ce qui a peu de chance de se produire. Qu’est-ce que les majors ont à perdre à vendre 10 titres à 10 centimes plutôt que 1 titre à 1 euro ? Le coût de stockage serait le même, la duplication ne coûte rien, la seule chose qui augmenterait serait la bande passante qui aurait de toute façon augmentée proportionnellement au succès du service. Certains diront que baisser les prix dévalorise la culture, je leur répondrais que les maisons du disque s’en sont déjà amplement chargées ces 20 dernières années ! On peut même pousser l’idée plus loin : pourquoi ne pas fixer un prix minimum qui parait "indolore" (disons 5 centimes), avec la possibilité de donner plus ou de faire un don à l’artiste si on apprécie l’album. Ce modèle, déjà utilisé par Radiohead qui permettait de fixer librement le prix d’achat, a déjà fait ses preuves. Ou, pourquoi ne pas faire de la musique numérique un vecteur promotionnel pour les concerts ? Payer 20€ pour un CD me semble inconcevable, tandis que payer 30€ pour un concert me semble tout à fait acceptable.

L’offre légale actuelle ne tire donc pas du tout profit du numérique car elle n’utilise pas le fait que dupliquer ne coûte rien. Les maisons de disque cherchent à vendre la musique numérique exactement de la même manière qu’un CD. Or, si dupliquer un CD à un coût, dupliquer un fichier audio n’en a aucun. Vouloir rétablir une économie de la rareté sur le net est donc selon moi une totale aberration qui s’oppose à la technologie de diffusion qu’est Internet.

L’évolution du modèle économique, la fin des majors ?

Pour aller plus loin, je pense que l’économie numérique permettra au final aux artistes de se passer des majors. Tout d’abord les frais marketings peuvent être fortement diminués grâce à internet. En effet, de plus en plus d’artistes se font connaitre sur la toile avant de produire leur album. Plus besoin de payer pour un coûteux spot télévisé, une simple vidéo sur YouTube ou MySpace suffit. L’artiste doit cependant trouver le financement pour produire son album (qui devrait normalement bien se vendre si l’artiste a déjà un publique d’internautes). Pour cela l’artiste peut :


* Signer avec une maison de disque (c’est le cas de Lorie). Dans ce cas, on peut se demander si la part importante de revenue que s’octroie la maison de disques est méritée, tant le budget marketing peut être réduit et tant le risque est faible.
* Demander au public de produire son album. Cette solution est mise en œuvre par Spidart, qui propose au public d’"investir" sur un artiste et démarre la production du disque une fois la barre des 50000€ atteinte. Spidart ne sert dans un premier temps que d’intermédiaire technique entre l’artiste et son public, puis l’aidera pour la production de l’album.


Cette dernière solution me semble la plus prometteuse, puisque le public paye pour l’album qu’il a envie d’entendre. D’une industrie de masse à flux poussé on passe à une industrie de détail à flux tiré, soit un renversement complet du système ! Le seuil de 50000€ a été fixé pour pouvoir fournir un album de qualité pro, mais ce plafond pourrait me semble-t-il être rabaissé. Pourquoi ne pas adapter la quantité d’argent investie dans l’album en fonction de l’audience qu’il va recueillir ? Cela pourrait permettre à certains styles de musique mineurs d’exister, à condition qu’ils aient un public motivé prêt à les aider à financer leurs albums. Le public est certainement le mieux placé pour savoir ce qu’il a envie d’entendre. De plus, si son premier album marche bien, l’artiste peut ensuite s’autoproduire et gagne ainsi son indépendance. L’état devrait donc selon moi encourager ces modèles novateurs et aider les artistes à s’autoproduire (la license globale semblant une piste intéressante), plutôt que de systématiquement favoriser les gros acteurs de l’industrie. Ainsi, de tels modes de financement permettraient un développement de la culture jamais égalé auparavant. Un plus grand nombre d’artistes pourrait en vivre, et l’offre culturelle se trouverait considérablement enrichie.


Pour conclure, je pense que l’ère du numérique sonne le glas de la "culture mainstream" et de ses médias. Internet permet à chacun de cibler et de personnaliser ce qu’il souhaite acheter, il est normal que l’industrie culturelle suive également cette évolution. C’est à mon avis la principale zone d’ombre que l’on peut reprocher à la loi Hadopi. Non seulement elle cherche à pérenniser un système qui comme je l’ai montré va à rebours du progrès, et ce par des moyens anti-démocratiques (cf mon article précédent (1)), mais elle empêche également de se poser les bonnes questions. Comment rénover le système pour qu’il tire tous les avantages du numérique et qu’il profite aux artistes ?

Et si je devais adresser un message personnel aux artistes, il serait le suivant : ne vous laissez pas aveugler par le mirage Hadopi et faites confiance à votre public ! Personne n’a dit que votre travail ne méritait pas d’être payé et que tout devait être gratuit. Je pense simplement que l’industrie du disque a perdu la confiance des consommateurs, qui en ont marre de payer pour tout et n’importe quoi. A vous de rétablir cette confiance pour que vos auditeurs soient prêts à investir dans votre art. De plus, n’ayez pas peur de l’évolution technologique : elle vous rapprochera de votre public et vous débarrassera des intermédiaires qui vivent à vos dépens. Il sera peut-être plus difficile de devenir millionnaire mais un plus grand nombre d’artistes pourra vivre de son art et la culture en sortira grandie.

Je finirais cet article par une petite prophétie optimiste. Selon moi, la prochaine grande avancée technologique à venir (que le gouvernement cherche pour le moment à ralentir), sera la mort de la télévision, qui sera éclatée en une multitude de programmes consultables à la carte sur internet. Avec elle mourront les grands groupes de médias (dont la décrépitude est déjà entamée) pour laisser place à une multitude de canaux sur lesquels nous pourront surfer en toute liberté. A moins que...

http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/hadopi-ce-que-la-loi-ne-dit-pas-55621
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