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 Exégèse et théologie : Adam et Ève ont-ils existé ?

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Moa

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MessageSujet: Exégèse et théologie : Adam et Ève ont-ils existé ?   27/5/2011, 13:11

La question est peut-être mal posée, mais c’est la question que les croyants peuvent se poser! Certains en toute sincérité et modestie; d’autres y répondront par un « non » catégorique, sans toutefois savoir quoi faire du récit de la Genèse. Il faut dès l’abord préciser ce dont il ne sera pas question dans cet article: ni de paléontologie ni d’archéologie, ni de biologie, mais du récit biblique seul. Le récit biblique invite-t-il, compte tenu de sa nature et de sa forme, à poser l’existence historique d’Adam et Ève? Plus simplement: le récit des origines est-il historique? Je discute de la question en confrontation au « oui » des évangéliques et à leurs arguments. Nous verrons chemin faisant que différents thèmes sont liés à ce questionnement, comme la vérité du récit biblique, son inspiration et son actualité.

***

Un évangélique (enfin, peut-être pas tous) répondra très certainement par l’affirmative. Non seulement Adam et Ève ont historiquement existé, mais ils doivent avoir nécessairement existé, sans quoi la doctrine du salut en Jésus-Christ ne tient plus. En effet, de quoi Jésus-Christ nous sauve-t-il s’il n’y a jamais eu de « chute »? Ce type de raisonnement découle d’une vision historiciste de l’histoire du salut (création – chute – rédemption), thématique que je ne traite pas dans cet article (il le sera ailleurs). Je vais passer maintenant en revue les principaux arguments avancés par les évangéliques.

Sommaire

I. LES ARGUMENTS

1. Jésus, Paul, Luc parlaient d’un Adam historique, donc Adam a existé.
2. Douter de l’existence d’Adam c’est mettre en doute celle de Jésus.
3. Le parallèle que Paul opère entre le Christ et Adam (Rm 5) exigerait un Adam historique.

REMARQUES PRÉLIMINAIRES
1. Paul ne dit rien sur l’historicité d’Adam.
2. L’historicité d’Adam est présupposée.
VERS UNE RÉSOLUTION DU PROBLÈME
Étape 1
Étape 2
Étape 3

4. Le seul véritable argument: La Bible est inspirée, donc c’est historique.
5. Autres arguments rencontrés.

a. Argument de l’orthodoxie, ou de la tradition.
b. Ce n’est pas écrit ou suggéré dans la Bible.

II. LE RÉCIT: OBJECTIONS ET PROBLÈMES


____________________

I. LES ARGUMENTS

1. Jésus, Paul, Luc parlaient d’un Adam historique, donc Adam a existé1.


Posons-nous les questions suivantes :

- Comment est-il possible, en toute logique et saine méthode historique, de déduire l’existence d’Adam du simple fait que Jésus, Paul ou Luc en parlent? Même en supposant qu’ils pensaient qu’Adam a historiquement existé — comme cela devait d’ailleurs spontanément être le cas pour leurs coreligionnaires à l’époque —, comment passe-t-on de ce qu’ils pensaient à l’affirmation de cette existence?

- Ensuite, n’est-il pas évident que Jésus, Paul ou Luc ne parlent pas d’un Adam historique en soi mais se réfèrent à l’Adam tel que le dépeint le livre de la Genèse? Dans ce cas aussi, comment passe-t-on de cette référence au récit de la Genèse à l’affirmation de l’existence d’Adam?

Je n’ai jamais lu nulle part une explication montrant le bien-fondé de cet argument, qui ne consiste manifestement qu’à sauter de la prémisse (les auteurs bibliques pensent que…) à la déduction (…donc c’est historique)2. En réalité, il ne s’agit pas exactement d’un saut, mais d’un passage souterrain: cet argument, nul en soi, ne tient sa validité que par l’entremise d’un autre argument, ou plutôt d’un principe fondamental, que l’on peut résumer par « c’est dans la Bible, donc c’est historique » ou « la Bible est inspirée, donc c’est historique » (point I.4.). En d’autres termes, parmi tous les documents anciens que l’humanité ait produits, la Bible fait figure d’exception en matière d’approche historienne et d’historicité.

Un autre argument découle de celui-là: Je pense comme Jésus, donc j’ai raison. Ce qui revient en fait à dire: Jésus pense comme moi, donc j’ai raison. Revêtir un raisonnement ou un argument de l’autorité de Jésus, voilà qui devrait poser quelques problèmes de conscience! Mais non… D’une certaine manière, Blocher tombe dans ce travers quand il écrit (c’est l’historicité d’Adam qui est en jeu): « Un croyant cherchera-t-il un exégète plus autorisé que son Seigneur? » (Révélation, p. 160)

2. Douter de l’existence d’Adam (ou celle de Job, de Jonas, etc.) c’est mettre en doute celle de Jésus.


Ce raisonnement revient chez nombre d’évangéliques avec qui je discute. Son erreur tient du fait qu’il n’a rien à voir avec l’histoire mais avec une représentation abstraite qui relève de la pure logique. La Bible est ainsi mise à plat, désolidarisée de ses contextes historiques multiples, présentée comme une succession de faits interconnectés ou en communication les uns avec les autres, tels une rangée de dominos; on traverse les siècles en quelques coups de page… Un début de réflexion — cette activité quelque peu négligée semble-t-il! — mettrait déjà en évidence la distance des personnages dans le temps: entre Jésus et les évangiles il y a 30-40 ans, entre le supposé Adam historique et le récit de la Genèse, des millénaires! La critique historique et littéraire (en partie évidemment rejetée par les évangéliques pour qui Moïse demeure le rédacteur principal du Pentateuque) rend pour le moins difficile l’historicité de Gn 3, en raison notamment de l’omniprésence du symbolisme et de son caractère littéraire. Quand l’implication de ces facteurs est reconnue les évangéliques, la notion floue et fort commode « d’historicité de fond » constitue le dernier rempart des tenants « modérés » de l’historicité3.

3. Le parallèle que Paul opère entre le Christ et Adam (Rm 5) exigerait un Adam historique.

Beaucoup d’évangéliques pensent que tout le raisonnement de Paul tombe à l’eau si l’on ne conçoit pas nécessairement Adam comme une personne historique4. C’est ce que je conteste fermement. Même si, à son époque, Paul pouvait spontanément penser qu’Adam fut un personnage historique, rien ne nous oblige aujourd’hui, avec les avancées des connaissances scientifiques et bibliques, à tenir pareille affirmation. Comment dès-lors concevoir le parallèle opéré entre Adam et le Christ, sans rien ôter de sa puissance et de sa vérité?

Il faut souligner la complexité de la question et la difficulté à en saisir les rouages, quand l’on est résolu à écarter les solutions simplistes.

REMARQUES PRÉLIMINAIRES

1. Paul ne dit rien sur l’historicité d’Adam (je l’ai déjà noté → I.1.). La question n’est pas posée, ce qui n’a rien d’étonnant à l’époque. Pour qu’un problème soit soulevé, il faut que les conditions nécessaires y poussent. Qu’est-ce qui en matière de science et d’histoire aurait pu, à l’époque de Paul, rendre inévitable la question de l’historicité d’Adam? Pas grand chose. Tandis qu’à notre époque et depuis l’essor des sciences humaines et la progression des connaissances scientifiques, la Bible a été vue sous un angle nouveau et des questions inédites surgirent. Cette constatation préliminaire doit nous rappeler la distance historique et culturelle qui nous sépare de Paul et de son temps. Ensuite, Paul ne parle pas d’un supposé Adam historique, comme je l’ai également signalé (→ I.1.), mais se pose en interprète-théologien du récit de la Genèse.

2. L’historicité d’Adam est présupposée. Si le raisonnement paulinien ne part pas de l’historicité d’Adam ni ne l’affirme, il faut néanmoins admettre qu’il s’agit d’une présupposition5. La question qui se pose alors est de savoir si, dans notre contexte actuel, il est nécessaire de maintenir cette présupposition ou s’il est possible de s’en passer, sans pour autant invalider la démonstration de Paul.

Précisons qu’il ne s’agit pas de trouver une alternative faute de mieux! Au contraire, je pense que l’approfondissement suscité par la difficulté rencontrée contribue à améliorer notre compréhension du texte et de sa portée théologique. Les évangéliques s’imaginent souvent que la valeur d’un texte est amoindrie, voire sapée, si l’on évacue son caractère historique. Je pense au contraire que c’est l’historicisme qui entraîne un appauvrissement. Bien entendu, il ne s’agit pas d’évacuer allègrement toute historicité de la Bible, mais de ne pas tomber dans l’excès qui consiste à voir de l’histoire partout et en tout ce qui à l’évidence ne doit pas être considéré comme tel. Chez les évangéliques, l’historicité est élevée au rang de principe à cause de son implication étroite, même structurelle, dans la « vérité » de la Bible, telle qu’ils la conçoivent6.

VERS UNE RÉSOLUTION DU PROBLÈME

Si la pensée de Paul dans ce texte est réputée difficile et complexe, la résolution de notre problème ne l’est pas autant. En effet, il ne s’agit pas de faire l’exégèse du texte dans ses moindres articulations, mais de proposer un changement de perspective: au lieu de partir d’Adam pour aller au Christ, partir du Christ pour aller vers Adam. On passe d’un point de vue chronologique à un point de vue christologique.

Procédons par étapes :

Étape 1 : Puisque Paul se pose en lecteur-interprète de la Genèse, il importe d’abord de montrer que le récit de la faute peut être lu de manière non historique. C’est le sujet d’un autre article auquel je renvoie le lecteur: « Si Adam n’a pas existé… ». Dans cet article, je montre que si la représentation du péché d’Adam en Genèse 3 est fictive, ce que l’auteur véhicule par le moyen de cette représentation ne l’est pas. J’ajoute que l’historicité que l’on chercherait vainement en Adam, il faut la situer chez cet autre « Adam » qu’est l’auteur du récit (individuel et collectif; de même que tout lecteur), dans son historicité et son humanité, accueillant dans sa conscience et sa foi la révélation de Dieu à laquelle il est rendu participant en tant que témoin. Ainsi, l’historicité d’Adam consiste dans l’historicité de la condition humaine devant Dieu, à la lumière de la révélation. J’insiste: l’historicité n’est pas niée, elle est déplacée; la réalité de la faute n’est pas niée, elle est située dans la profondeur.

Étape 2 : Il importe maintenant de prendre connaissance du mouvement qui anime la comparaison du Christ et Adam en Romains 5: Le point de départ de Paul est le Christ et le salut qui est opéré par lui, à la lumière desquels le récit de la Genèse et la figure d’Adam sont interprétés. C’est le Christ Sauveur qui commande en retour l’affirmation de l’Adam pécheur, non l’inverse; l’universalité du péché en Adam découle de l’universalité du salut en Christ, non l’inverse; le rôle d’Adam en tant que père d’humanité et cause du péché est (ré)affirmé à partir du rôle du Christ, chef de file d’une humanité nouvelle et cause de son salut. Adam devient « le répondant tout entier négatif de l’oeuvre salvifique du Christ7 ». Le théologien bénédictin Jean-Michel Maldamé écrit à ce propos: « C’est parce qu’il sait que le Christ est le sauveur de toute l’humanité qu’il reprend le texte de la Genèse. Le chemin de la Révélation n’est pas allé de la faute au Rédempteur, mais de la reconnaissance de l’action de Dieu sauveur à l’intelligence de la nature du salut et donc du péché qu’il surmonte. Pour en dire la dimension universelle, la référence à Adam est éclairante. » (Le péché, p. 197) En bref: La démonstration que Paul construit en Romains 5 est théologique; l’historicité d’Adam est celle que lui confère Paul à partir du récit de la Genèse (texte → histoire), dans un mouvement similaire mais inversé à celui de « l’auteur » de ce même récit, qui exprime son expérience historique dans un récit narratif fictif (histoire → texte).

Si je pense avoir montré que, d’une part, Paul ne tente pas d’établir l’historicité d’Adam et, d’autre part, que ce dernier n’est mis en relief qu’à la lumière du Christ, la question du rapport entre les deux reste encore posée et demande un éclaircissement supplémentaire. Ce sera l’étape suivante.

Étape 3 : La critique de Blocher contre la lecture non historicisante est ferme: « à péché historique, rédemption historique. [...] Les deux fois il a dû s’agir d’un acte réel, sinon le second Adam n’aurait pas pu réparer l’oeuvre du premier. » (Révélation, p. 166) À mon avis, l’erreur de Blocher est de ne concevoir l’historicité que dans le sens étroit d’historicité du récit de la Genèse. Le récit n’aurait de sens qu’en rapport au fait réel qu’il rapporte. Là aussi, c’est réduire la notion de réalité à celle de réalité du récit de la Genèse. Or, j’ai montré que le péché et la faute peuvent être historiques et réels, non en raison d’une soi-disant correspondance entre le récit et des faits, mais en référence à l’expérience de « l’auteur », de la communauté de foi, qui exprime cette expérience sous la forme de récit narratif, récit qui raconte une histoire mais qui n’est pas de l’histoire (on pourrait parler avec Robert Alter de « fiction historicisée »). Il s’ensuit que, si l’historicité et la réalité du péché et de la faute sont maintenues — bien qu’autrement que ne le fait Blocher, on l’a vu— alors le lien avec la rédemption en Jésus-Christ peut être fait sans problème. Et je peux même souscrire à l’affirmation de Blocher: « à péché historique, rédemption historique »!

L’absence du péché adamique comme cause ou explication de l’Incarnation dans le kérygme primitif et les évangiles, n’est-il pas l’indice que la conscience et l’expérience communes du péché sont bien plus déterminantes que la référence « doctrinale », voire « structurelle », au péché d’Adam? Le kérygme ne dit-t-il pas que « Christ est mort pour nos péchés » (1 Co 15.3), qu’il a été « livré pour nos fautes », qu’il est ressuscité « pour notre justification » (Rm 4.25)? Certes, il s’est trouvé un théologien génial nommé Paul qui a poussé la réflexion sur le sujet, mais n’est-il pas quelque peu abusif d’en déduire que Genèse 3 est historique, et en faire à cette stricte condition le fondement de l’Incarnation?

***

Je pense par ces trois étapes avoir répondu au problème, souvent utilisé comme argument en faveur de l’historicité d’Adam. Cela étant fait, il est néanmoins nécessaire d’apporter une précision:

Pour moi, il est clair que ce dont parle le récit de la Genèse et ce dont s’occupent les sciences de la nature recouvrent deux domaines séparés, deux plans distincts de connaissance. Certes, il peut y avoir des tensions entre les deux domaines, comme il en existe aussi avec l’histoire et l’archéologie. Quand je parle de tension, c’est dans le coeur du croyant qu’elle se passe, il ne s’agit pas d’un antagonisme entre la Bible et les sciences. Par contre, la conception évangélique de l’inspiration implique cet antagonisme8 d’où il est évident que la Bible sort victorieuse. C’est pourquoi certains évangéliques supposent chez ceux qui n’admettent pas l’historicité des récits de la Genèse une posture évolutionniste. Ils s’imaginent parfois que c’est sous le coup des pressions de la culture ambiante et des théories scientifiques à la mode, que des chrétiens échangent la folie de Dieu contre la sagesse des hommes.9

Les limites humaines et l’humilité de la foi — que partageaient les auteurs bibliques — nous incitent à confesser notre ignorance10 sur certains sujets, notamment ce qui touche aux origines de l’humanité, au quand et au comment de la première faute. Pour conclure, je citerais cette sage parole de Jean-Michel Maldamé: « La théologie ne répond pas à la quête du premier homo sapiens. Elle a mieux à faire: étudier la relation de l’homme et de Dieu. » (Le péché, p. 328)

4. Le seul véritable argument: La Bible est inspirée, donc c’est historique.11

Nous avons vu que le premier argument était insuffisant en soit et que ceux qui l’utilisent supposent celui de l’inspiration. Ce qui, ma foi, est tout à fait logique! Paul, Luc et Jean dans la Bible, ce n’est pas seulement Messieurs Paul, Luc et Jean, mais Messieurs les auteurs inspirés par l’Esprit Paul, Luc et Jean! À fortiori quand il s’agit de Jésus… Cela dit, il s’en trouvent qui ne disent même pas Paul, Luc ou Jean, mais Dieu! Alors, quand c’est Dieu qui dit, il n’y a plus de discussion possible. Et quand l’on me voit contester l’une ou l’autre interprétation, soit je ne crois pas en l’inspiration, soit je ne crois pas du tout, soit je suis fâché avec Dieu.

Certains auteurs admettent comme improbable que le chapitre 3 de la Genèse, pourtant historique, ait été transmis de génération en génération12. Quoi de plus aisé que d’en appeler à la révélation? Gleason Archer écrit que « l’origine de la race humaine ne peut qu’avoir été révélée par Dieu » et parle de « révélation couchée par écrit dans un document inspiré » (Introduction, p. 226). Blocher, plus réservé, « reconnaît [comme probable] que l’événement premier est atteint par une reconstruction mentale », mais sans exclure « une forme de révélation plus immédiate ». Pourtant, il semble plutôt pencher pour la seconde option quand il écrit que « la Genèse entend offrir la reconstruction vraie, que l’inspiration divine a guidée et garantie [...] » (Révélation, p. 155-156). Comment, en effet, une « reconstruction mentale » peut-elle prétendre à l’historicité? Le recours à « l’inspiration divine », comprise comme révélation d’un fait historique, est inévitable.

L’argument de l’inspiration de la Bible ou de la révélation divine est bien entendu irréfutable. C’est pourquoi ceux qui y croient devraient le mentionner en premier pour mettre les choses au clair dès le départ.13

5. Autres arguments rencontrés
:

a. Argument de l’orthodoxie, ou de la tradition14. Cet argument fait valoir le fait que la tradition chrétienne et les réformateurs ont affirmé l’historicité d’Adam. La nier serait une nouveauté introduite en raison de l’influence de la modernité et des sciences sur les théologiens et les exégètes. Cet argument n’est pas pertinent, car il est anachronique et ne tient pas compte de l’inscription de la tradition chrétienne dans l’histoire15. On ne peut pas demander à saint Paul, Augustin, Calvin ou Luther de trancher une question qui ne s’est pas posée à leur époque. Bref. Cet argument fera l’objet d’un article à part entière qui sera bientôt publié.

b. Ce n’est pas écrit ou suggéré dans la Bible. Pour illustrer l’idée qu’un récit puisse être vrai sans être historique on voit souvent citer les paraboles de Jésus en exemple. Mais les évangéliques rétorquent que dans le cas des paraboles il est clairement indiqué qu’il s’agit d’histoires fictives, contrairement au récit de la Genèse. Voici ce qu’un interlocuteur a écrit dans un forum: « Où est-il marqué dans la Bible que la généalogie de Adam à Noé est légendaire (dans le sens de fausse)? » Une telle question suppose qu’il y ait au début de chaque récit une petite note indiquant si tel récit est « historique » ou « fictif ». Mais cette supposition est-elle fondée? Je ne le pense pas. C’est trop demander à la Bible. Sinon, les évangéliques devraient s’abstenir d’attribuer les quatre évangiles à Matthieu, Marc, Luc et Jean puisque les évangiles n’ont pas été signés ni datés et que rien n’indique que les évangélistes que nous connaissons en sont les auteurs. Bien sûr, on invoquera le témoignage de la tradition. Mais la tradition ce n’est pas la Bible. Bref. Cet argument est un argument du silence. On pourrait aussi se demander: « Où est-il précisé dans la Bible qu’Adam n’a pas trois jambes et six têtes? » Même si mon exemple est grossier, c’est la même logique qui entre en jeu.

D’autres diront que les caractéristiques du récit, la chronologie des faits, les indications de lieu et des années, les généalogies, la continuité dans l’histoire, etc., tout cela indique que c’est historique. C’est tout simplement impossible à déterminer. On ne peut pas établir l’historicité d’un récit rien qu’en observant son contenu. Il faut des recoupements extérieurs, des possibilités de comparer. Les éléments énumérés sont des caractéristique du récit narratif, donc d’un genre littéraire, comme c’est le cas des romans. On n’aurait pas idée de prétendre qu’un roman est forcément historique parce qu’il se déroule dans le temps, comporte des noms de lieu (peut-être ma propre ville!), des dates, s’étend sur plusieurs générations, etc.

Tous les arguments avancés échouent en ce qu’ils opèrent un saut de la prémisse à la déduction, sans qu’il y ait de lien de causalité entre les deux. C’est ce que j’ai fait remarquer dès le premier argument (I.1.).

II. LE RÉCIT: OBJECTIONS ET PROBLÈMES

Dans le fond, il y a encore une objection majeure au maintien de l’historicité d’Adam et du récit de la Genèse. C’est qu’après avoir commencé à historiciser Adam, il faut alors se mettre à historiciser tous les éléments du récit, y compris les éléments que nous considérons quasi spontanément comme symboliques. En effet, il n’est écrit nulle part où commence et où s’arrête le symbolisme. Selon quelle légitimité un évangélique se permettrait de faire un tri?

♦ Il faut supposer que le jardin d’Eden avait un emplacement géographique réel, localisable, dont l’accès est actuellement gardé par des chérubins: où est donc ce jardin?; où sont ces chérubins? On me dira que les chérubins sont invisibles… Très bien. Alors que l’on m’indique le chemin qui mène au jardin. Pour nous aider, le texte précise: « à l’est d’Eden ». Très bien! Où ça, puisque tout est historique! Pourquoi des chérubins pour garder le chemin qui mène à un jardin si ce jardin est introuvable et les chérubins invisibles? Il faut peut-être supposer que ce jardin s’est peu à peu détérioré, qu’il fut recouvert au fil des âges, qu’il a fini englouti par le paysage naturel… Allez! Tous à nos pelles, entamons les fouilles archéologiques à la recherche du jardin perdu (mais après avoir découvert l’arche de Noé bien entendu)!

♦ Qu’est-ce que, historiquement parlant, un « arbre de la connaissance du bien et du mal »?

♦ Ensuite, il faut, historiquement parlant, se figurer un serpent qui parle et qui entame la conversation avec Ève. Certains disent même qu’il devait avoir des pattes ou qu’il se tenait debout, puisqu’après avoir été maudit par Dieu, il fut condamné à se déplacer sur son « ventre »… Il faut aussi se demander pourquoi le serpent était le plus rusé des animaux. A-t-il été créé ainsi? Pourquoi? Était-il le seul de son espèce, ou bien tous les serpents du jardin partageaient ses qualités? Il faut peut-être chercher dans ses antécédents éducatifs, psychologiques, sociaux, qui l’ont conduit à entretenir la ruse et la malice (et à apprendre à parler…)! D’où vient qu’il soit ainsi porté à jouer le rôle de tentateur? Pourquoi donc Dieu a-t-il créé un tel animal portant le mal en lui? Plus énigmatique encore, cet animal n’est pas seulement doué de langage mais il sait qu’il y a un Dieu et il s’y oppose d’emblée, entraînant le premier couple dans son jeu. Selon le récit biblique, les serpents parlent (il n’est pas question de « miracle » dans le texte). Où a-t-on jamais observé un serpent parler? Le serpent aurait perdu ses pattes, aurait-il aussi perdu sa langue? Pourtant le jugement porté par Dieu sur le serpent n’envisage pas une telle éventualité.

♦ Ensuite, il faut supposer, historiquement parlant, que la manducation d’un fruit « ouvre les yeux » et fait prendre conscience de la « nudité », qu’avant que leurs yeux soient ouverts, Adam et sa femme les avaient fermés (dans la même logique que le serpent qui marche), et qu’en les ouvrant, ils se virent nus comme des vers, ce qui suppose simplement qu’ils ne portaient pas de vêtements. Belle leçon!

♦ Un autre problème se pose pour les animaux. Étaient-ils tous herbivores? Qu’en est-il des prédateurs? Qu’en est-il du venin des serpents, des dents du lion, de la mâchoire puissante du crocodile, des griffes et des cornes d’animaux, de la toile d’araignée (qui capture les insectes), et de tout ce dont les animaux sont dotés en matière de défense et d’armes naturelles? Quelle était alors la physionomie des animaux? Y a-t-il eu des mutations? Elles devaient être considérables alors! Qu’en était-il de l’équilibre du monde animal et de celui de tout l’écosystème? L’homme et les animaux mouraient-ils un moment donné? Les végétaux pourrissaient-ils? Comment imaginer un Adam cultivant le sol du jardin, où l’on verrait des plantes croître sans supposer qu’a un certain moment elles se flétrissent? Si les hommes et les animaux ne mourraient pas, où donc trouver la place suffisante sur terre pour tout ce beau monde? Y aurait-il eu assez de place dans le jardin? La terre était-elle donc différente quand Dieu la créa, plus grande, plus vaste, apte à accueillir l’immortelle vitalité du vivant? Et le soleil, au commencement, était-il lui aussi immortel? Ne devait-t-il pas s’éteindre une fois ses combustibles épuisés, comme nous le disent les scientifiques? Et que se passerait-il alors? Le vie continuerait son cours pénard, ou bien Dieu ferait le plein de combustibles et hop!, magique, c’est reparti?

♦ Il y aurait encore la question du péché. Qu’est-ce donc que le péché? Comment se transmet-il? Que nous dit le récit « historique » de la « chute »? De quelle « chute » est-il question? Dans le récit de la « chute », il n’est indiqué nulle part qu’Adam ait acquis une sorte de maladie appelée « péché »; il n’est même pas dit qu’il avait acquis un penchant mauvais. Il est simplement dit qu’Adam est devenu comme l’un de nous pour la connaissance du bien et du mal (3.22). Il n’est même pas dit que le jugement de l’homme inclinerait désormais vers le mal ou quoi que ce soit.

♦ Autre épineuse question ayant été soulevée: qu’en est-il des rapports consanguins, incestueux? Ils se mariaient et avaient des rapports entre frères et sœurs? Le texte de Genèse n’en parle pas, comme si la question ne se posait pas. Alors, soit il faut encore supposer que Dieu a permis cela avec sa bénédiction (qu’est-ce qui l’empêchait de créer plusieurs couples?), soit que dans un récit qui ne se veut pas historique on ne se pose pas ce genre de question, tout comme il est « normal » de voir un serpent faire son apparition sur la scène et se mettre à parler.

♦ Je peux encore mentionner quelques « hasards » historiques tout à fait suspects: ainsi, comme par « hasard », c’est le premier couple qui pèche entraînant ainsi toute l’humanité à sa suite. Ce n’est ni à la 3e, ni à la 5e, ni à la 27e génération que tout flanche. Non, c’est le premier couple, à la racine de l’humanité. Hasard… Comme par « hasard », l’animal rusé qui s’adresse à la femme est un serpent. Pourquoi pas un koala ou un zèbre? Non! Un serpent, figure ambivalente ô combien chargée de symbolisme dans le monde moyen-oriental, et pas seulement. Hasard… Comme par « hasard », le nom du premier homme est « l’humain », et celui de la première femme est « Vie », « mère des vivants »… Rien de symbolique là-dedans, juste deux noms, comme ça, pour faire joli. Hasard… Ces « hasards » historiques, qui sont bien entendu totalement indépendants du rédacteur qui ne fait qu’observer et rapporter les faits, me laissent toutefois perplexe…

Admettre l’historicité d’Adam conduit logiquement à admettre aussi celle du récit qui en parle et qui raconte son histoire, ainsi que celle des éléments qu’il renferme. Comme on le constate, il y a une foule d’absurdités qui apparaissent si l’on maintient cette idée jusqu’au bout.

Toutefois, Blocher estime qu’il est possible de maintenir les deux: les éléments symboliques et « l’historicité de fond »: »la combinaison d’un fond historique et d’un revêtement parabolique, ou symbolique, est un genre littéraire connu de l’Écriture » (La doctrine, p. 72). Mais depuis quand l’historicité (quel que soit le degré de celle-ci) participe-t-elle au « genre littéraire »? Le genre littéraire dit bien ce qu’il veut dire: il concerne l’aspect littéraire. Le « fond historique » dont parle Blocher est juste une supposition qu’il ajoute, rien de plus. Il reproche ensuite à Edward J. Young, qu’il qualifie de « grand savant évangélique » (Révélation, p. 152), son excès de zèle littéraliste16. Que fait Blocher? Je me limite à un seul exemple: le serpent « c’est le diable » (p. 147), il « figure la séduction de la religion païenne et de ses sortilèges » (p. 149), il est « la figure de l’esprit mensonger qui anime le paganisme » (p. 150). Soit! Mais qu’en est-il de l’historicité du récit? « Historicité de fond », ok, mais qu’est-ce que cela veut dire? Blocher ne répond pas et nous laisse dans le brouillard. Est-ce qu’il y avait un serpent dans le jardin d’Eden, oui ou non? S’est-il mis à converser avec Ève, oui ou non? Que s’est-il passé? Pour ajouter à ma confusion, Blocher évoque la thèse d’une possession du serpent par le diable, estimant qu’il n’y aurait « rien d’inconcevable » à cela. Seule la Bible, qui ne suggère rien de la sorte, l’empêche de l’envisager. J’en déduis donc que pour Blocher il y avait bien un serpent, qu’il ait été possédé ou pas! Quelle est donc cette lecture symbolique prônée par Blocher, et en quoi consiste cette historicité de fond? Est-ce symbolique comme la flamme d’une bougie bien réelle peut être symbolique? Ou bien est-ce symbolique comme p. ex. la figure du loup (qui parle lui aussi, mais ne se montre pas très rusé!) dans les contes populaires et l’imaginaire folklorique? Blocher vacille entre l’un et l’autre, car il évoque également « le monde des légendes et des fables populaires » et parle du « style des contes folkloriques » dont l’auteur de Genèse 3 partage la « naïveté de langage » (p. 146). Je reste dans le brouillard.
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MessageSujet: Re: Exégèse et théologie : Adam et Ève ont-ils existé ?   27/5/2011, 13:13

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1. Blocher écrit que « les écrivains inspirés comprenaient la transgression de la Genèse comme un événement particuliers (Jb 31.33; 0s 6.7; 2 Co 11.3; 1 Tm 2.14) » (Révélation, 159). Matthieu 19.3-8 et Romains 5.12ss « développent une réflexion qui présuppose l’historicité de la faute ». Romains 5.12ss sert « d’arme absolue aux champions de la compréhension historique » et Blocher qualifie ce passage de « preuve biblique la plus formelle » (La doctrine, p. 72). Pour répondre à l’interprétation « mythiste » de la chute, Brian Tidiman fait simplement valoir que pour « les auteurs bibliques, la première faute est un fait historique au même titre que celles commises par les descendants d’Adam » (Précis d’histoire, p. 39). Même raisonnement chez Pierre Berthoud concernant l’historicité de Job, qui évoque (entre autres considérations) Ézéchiel 14.14 et Jacques 5.11 en faveur « d’une référence historique ». Blocher répond que, « à cause de ces versets en dehors du livre [de Job], il me semble qu’il est plus prudent de penser qu’il y a un fond historique » (Table ronde dans Texte et historicité, p. 196). Gleason Archer écrit que « Paul considère comme historiques, au sens littéral, les détails de Genèse 2 et ceux de la tentation et de la chute dans Genèse 3 ». Plus loin, « Christ et les apôtres l’ont [le récit de la chute] certainement considéré comme historique » (Introduction, p. 226). De son côté, Jules-Marcel Nicole écrit que « tous les êtres humains descendent du premier couple Adam et Ève », ce qui « n’apparaît pas seulement dans la Genèse, mais nous est confirmé par l’apôtre Paul et par Jésus lui-même [...] » (Précis de doctrine, p. 80). Plus loin de nouveau: « Il nous faut comme Jésus et les apôtres, accepter le récit de la chute tel qu’il nous est donné dans la Genèse » (p. 103). Face aux théories du mythe et de la légende, « le plus simple est de prendre le récit de la Genèse tel qu’il est » (p. 103), c’est-à-dire de manière historique. On ne sait comment ni pourquoi prendre le récit « tel qu’il est » voudrait forcément dire le prendre de manière historique.

Si l’on peut dire que ces affirmations sont exactes sur le plan biblique, elles perdent toute pertinence quand ces auteurs passent du plan biblique au plan de l’histoire, comme s’il n’y avait aucun décalage, aucune frontière entre les deux.

2. Pour Blocher, ces « diverses données scripturaires exigent, de façon plus ou moins nette, l’affirmation de l’historicité » (La doctrine, p. 72). Voilà, je pense, un exemple parlant où l’on voit un principe dogmatique prendre le pas sur la réalité sous couvert de « données scripturaires ».

3. Ainsi Blocher: « La présence d’éléments symboliques dans le texte [de Gn 3] ne dit rien contre l’historicité de la référence essentielle » (Révélation, p. 151-152); à propos de Job: « il y a un fond historique, mais [...] une mise en forme assez considérable » (Texte et historicité, p. 196). De même Pierre Berthoud selon lequel il faut reconnaître au récit de la tour de Babel « l’historicité de fond » dont la « référence principale est bien historique » (Texte et historicité, p. 25-26). « Référence essentielle », « fond historique », « historicité de fond », « référence principale »… Apparemment il suffit de le dire ou de le croire pour que ce soit vrai.

4. Gleason Archer: « Dans Romains 5, Adam est mis en contraste avec Christ. Par conséquent, si Christ a réellement vécu dans l’histoire, Adam lui-même doit avoir été un individu historique; ou alors, l’apôtre inspiré s’est trompé. » (Introduction, p.225-226) Blocher: « L’argument de saint Paul en faisant le lien entre les deux Adams, entre le Chef selon l’alliance originelle et le Chef selon l’alliance nouvelle, précisait justement cette logique: à péché historique, rédemption historique. [...] Les deux fois il a dû s’agir d’un acte réel, sinon le second Adam n’aurait pas pu réparer l’oeuvre du premier. » (Révélation, p. 166)

Blocher va plus loin, puisqu’il attribue à « l’interprétation mythiste » des conséquences théologiques inacceptables. Contrairement aux mythes du Proche-Orient ancien, le récit de la Genèse attribue au mal un commencement historique qui exclut toute intégration dans l’ordre et l’être du monde. Renier l’historicité de la faute conduit soit à l’inconséquence soit à l’inacceptable. L’inconséquence consiste à maintenir le sens biblique de la faute « sans le commencement historique » (Révélation, p. 164, l’auteur souligne); l’inacceptable c’est faire du mal un élément intégrant de l’ordre créé et de l’humanité. Je pense que l’erreur de Blocher dans son analyse et dans la critique qu’il adresse à Paul Ricoeur, c’est de présupposer que le récit biblique et l’histoire se trouvent sur le même plan, que le sens du récit renvoie à l’événement réel, de sorte que renier l’historicité sur le plan de l’histoire c’est forcément altérer le sens du récit, tandis que maintenir les deux simultanément est illégitime. Je pense toutefois qu’il est possible et même nécessaire de distinguer les deux plans, biblique et historique, sans quoi l’on tombe dans les invraisemblables excès évoqués dans cet article. Quand, de manière récurrente, une information biblique ne correspond pas à la réalité, ce n’est pas la réalité qu’il faut changer mais la manière de lire et de comprendre la Bible. Il me semble par ailleurs que pour Blocher et les évangéliques, ce qui vaut pour le récit d’Adam vaut également pour des récits moins « fondamentaux ». Que ce soit la Genèse, la conquête de Canaan (Josué) ou l’histoire de Jonas, le même principe est appliqué. Ce qui tend, à mon avis, à l’affaiblissement de l’argument avancé par Blocher en faveur de l’historicité de la faute, puisqu’à côté du caractère « décisif » qui rend l’historicité incontournable on retrouve l’application du principe selon lequel la Bible dit vrai « à tous les niveaux » et donc « aussi en histoire » (Blocher dans « Histoire, vérité et foi chrétienne », p. 134). En ce sens, tout est décisif, puisque le principe en dépend. Certes, Blocher admet « la possibilité de fictions inspirées », mais ce n’est que pour y cantonner « au moins quelques paraboles de Notre Seigneur [...] » (Texte et historicité, p. 186). Autant dire pratiquement rien! Admettre que « quelques paraboles » soient de la fiction c’est en quelque sorte comme admettre qu’un texte écrit en alexandrins soit un poème.

5. « Cet homme est l’individu Adam, premier homme et père de l’humanité entière. » (Simon Légasse, Romains, p. 361.) Les exégètes « critiques » ne doivent évidemment jamais chercher de « pauvres échappatoires », comme le note justement Blocher (Révélation, p. 160-161) contre Leenhardt qui, dans son commentaire de Romains 5, nous assure que pour Paul, Adam « c’est l’humanité ». Voir aussi la critique de Légasse p. 361 de son commentaire.

6. Voir à ce sujet mon article « La Bible affirme, les sciences confirment », note 1.

7. Gustave Martelet, Libre réponse à un scandale, Paris, Cerf, 1986, p. 48.

8. D’où découlent aussi les faux débats du type « création vs évolution », « jours de 24h vs longues périodes géologiques », « déluge local vs déluge universel », mais aussi des questions que seuls des fondamentalistes peuvent se poser en des termes matériels: comment tous les animaux ont-ils pu rentrer dans l’arche?; la Bible parle-t-elle des dinosaures?; etc. Précisons qu’il ne s’agit pas de se taire sur les sujets sérieux en rapport avec les sciences. Au contraire! C’est l’approche qui en est faite que je critique.

9. Il faut bien sûr regretter et dénoncer toute dérive scientiste qui imposerait au texte son propre magistère. Il serait abusif de prétendre aujourd’hui que, avec le recul par rapport aux conflits du passé (notamment avec Charles Darwin), l’évolutionnisme est la raison inavouée qui pousse les exégètes non évangéliques à rejeter l’historicité des premiers chapitres de la Genèse. La Bible aux exégètes et l’homo sapiens aux scientifiques!

10. Mes lectures m’ont appris que les évangéliques ne confessent leur ignorance qu’à condition que la doctrine de l’inerrance soit saine et sauve. Voir mon article « L’ignorance dans les limites de la simple inerrance ».

11. « Si la Bible est le discours d’une communauté quelconque, il est normal qu’elle soit faillible et plus ou moins fiable sur le plan historique. Mais si elle est ‘Parole inspirée de Dieu’ comme le déclare l’apôtre Paul (2 Tim 3.16), pourquoi ne serait-elle pas crédible sur le plan historique de la même manière qu’elle est pertinente sur le plan spirituel? » pasteur Bernard Guy (clic), « La Bible: mythes ou réalités? », Promesses n° 170, 2009; Gleason Archer, outre l’introduction, commence son Introduction à l’Ancien Testament par un chapitre sur « l’inspiration de l’Ancien Testament », mettant ainsi les choses au clair: « Si [...] Dieu a inspiré les trente-neuf livres de l’Ancien Testament [...], il convient d’analyser avec soin tout ce qui semblerait être en contradiction avec l’exigence d’exactitude et de véracité que l’inspiration divine présuppose, pour arriver à une harmonisation satisfaisante des contradictions apparentes. Ainsi, notre postulat influence profondément tout le cheminement de notre recherche. » (Introduction, p. 14, je souligne) Jules-Marcel Nicole fait purement et simplement dépendre l’existence de Qaïnan cité dans la généalogie de Luc (3.36) de l’inspiration de ce dernier: « Si nous croyons à l’inspiration de Luc, nous devons donc admettre que Qaïnan a existé [...] » (Précis de doctrine, p. 80).

12. D’autres, par contre, n’hésitent par à soutenir une telle idée. La « tradition orale » est le concept tout désigné, facile d’utilisation, qui, grâce à son élasticité infinie, franchit les siècles et les millénaires. Pour nous convaincre faute de la moindre preuve, on nous assure de l’excellente mémoire des peuples anciens qui garantit la fidélité des traditions. Dans le Nouveau Dictionnaire Biblique, nous lisons à l’entrée « Pentateuque » (p. 1001) que « la connaissance des événements que rapporte le 1er livre du Pentateuque est parvenue jusqu’à l’époque de Moïse par la tradition orale et écrite. » (voir aussi « Genèse », p. 517) D’autres encore envisagent un mixe des deux, à savoir une tradition orale exceptionnellement préservée par Dieu: « Dieu [...] pourrait avoir préservé sa vérité plusieurs siècles grâce à la tradition orale » (Gordon Wenham, « L’Ancien Testament et l’histoire » dans l’ouvrage collectif intitulé Vérité historique et critique biblique, Lausanne, PBU, 1982 [1re éd. angl. 1976], p. 69). Qu’est-ce que ce genre de « préservation » sinon une sorte d’extension à l’inspiration biblique?

13. Cette conception de la Bible et de l’inspiration entraîne de fâcheuses conséquences au niveau de la recherche scientifique. Voir mon article « La Bible affirme, les sciences confirment ».

14. Blocher: « La tradition a tenu fermement à l’historicité. » (Révélation, p. 151) Il parle d’exégètes orthodoxes (p. 152), « d’exégèse orthodoxe » (p. 153). Il est plus explicite ailleurs: « … la tradition chrétienne a constamment tenu pour de l’histoire les choses racontées en Genèse 3 [...]. Les évangéliques restent fidèles à la même thèse. » (La doctrine, p. 69) Blocher parle des « tenants de la position orthodoxe » qu’il oppose à ceux qu’il qualifie de manière peu reluisante de « “mythologues” » (p. 70-71)…

15. À titre indicatif — tant pour m’en rappeler que pour informer le lecteur — je signale un chapitre sur la question intitulé « La lecture de la Bible renouvelée par la science », dans le livre de Jean-Michel Maldamé, Science et foi en quête d’unité.

16. On peut trouver les analyses de Young des trois premiers chapitres de la Genèse dans le numéro 158 de La Revue Reformée, 1987, intitulé « Au commencement Dieu. Genèse 1 à 3 et l’autorité de l’Écriture » (1re éd. angl. 1976) (infos clic). Une telle initiative de traduction et de publication montre l’importance qui est accordée à la lecture littéraliste.

Source : http://exegeseettheologie.wordpress.com/2011/03/14/adam-et-eve-ont-il-existe/
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